«Do you sincerely want to be rich?» Avec ce slogan et une armée de 25000 vendeurs, Bernie Cornfeld a drainé en dix ans 2,5 milliards de dollars pour sa société Investors Overseas Services (IOS), avant que cette énième version du «capitalisme populaire» implose en plein vol, en 1970. Fils d'un acteur roumain, garçon livreur puis travailleur social dans sa jeunesse d'immigré américain, Cornfeld combinait un immense talent de vendeur avec une créativité financière sans scrupule.

Porté par l'essor de la jeune industrie des fonds à la fin des années 50, l'ex-employé de Dreyfus Fund s'était mis à son compte et avait su répartir subtilement les activités d'IOS entre le Canada, les Bahamas et Genève pour éviter la curiosité du fisc ou du gendarme boursier américain. C'est dans la Cité de Calvin, à l'abri du secret bancaire, qu'il menait grand train et dirigeait son empire au socle d'argile. C'est là aussi que, neuf ans après la débâcle d'IOS, il fut jugé et acquitté au terme d'un procès de trois semaines: la justice genevoise s'était égarée dans ses labyrinthes financiers (LT du 10 juillet 2007).

Fuite en avant

Ce procès ayant déjà été décrit, c'est à un autre épisode que nous nous arrêtons ici: celui où Bernie Cornfeld a trouvé son maître en escroquerie, Robert Vesco. En 1970, les deux hommes sont en position délicate. Sous pression, le «Fund of Funds» d'IOS menace de s'effondrer à tout instant sous les demandes de remboursement. Au printemps, l'action de la société a déjà perdu un tiers de sa valeur.

Mais Robert Vesco lui-même, «self made man» fils de parents issus d'un milieu modeste à Detroit, est engagé dans une fuite en avant. Sa société International Controls Corporation (ICC), une coquille boursière, multiplie les opérations à effet de levier en maquillant sa comptabilité. Il a besoin d'un gros coup.

Exploitant la crainte des directeurs d'IOS d'une panne de liquidités, Vesco leur propose un plan de «sauvetage» de 5 millions de dollars (empruntés), assorti d'arrangements fiscaux pour ceux qui le suivent. Avec cette somme ridicule - il n'aurait mis sur la table que 50000 dollars -, il prend le contrôle d'IOS, dont les actifs représentent encore 700 millions de dollars à ce moment...

Vesco entre au conseil d'IOS en septembre 1970, paie 5,5 autres millions (empruntés aussi) à Cornfeld en janvier 1971 pour se débarrasser de lui. Un an plus tard, la SEC américaine, soupçonnant un pillage en règle des actifs d'IOS en faveur d'ICC, ouvre une enquête. Vesco s'enfuit.

Mort, vraiment?

Il aura été fugitif pendant trente-cinq ans, des Bahamas à Cuba en passant par le Costa Rica et Antigua. Proche de Nixon ou de dictateurs d'opérette, il a acheté ou tenté d'acheter tous ceux qu'il croisait. Les seules geôles qu'il a connues sont celles de Fidel Castro, de 1996 à 2005, pour avoir voulu vendre à des investisseurs un médicament miracle, antisida et anti-cancer, le Trixolane, aussi crédible que ses montages financiers.

Bernie Cornfeld est mort à Beverly Hills en 1995. Robert Vesco est mort du cancer à Cuba en novembre 2007 - si l'on en croit des photos de mauvaise qualité et une inscription dans le registre du cimetière de Colon à La Havane.

Car Robert Vesco était si retors, expert en déguisements et fausses identités, que certains se demandent si son enterrement n'était pas l'ultime mise en scène d'un homme que le New York Times a décrit à cette occasion comme «la preuve fossile que l'argent peut acheter le pouvoir et l'immunité face à la loi».