On savait que le géant gazier russe avait de grandes ambitions en Europe, mais Gazprom nourrit également de grands projets en Afrique du Nord. L'entreprise russe, sous étroit contrôle du Kremlin, l'avait déjà fait connaître en avril dernier, lorsque les plus hauts dirigeants de Gazprom avaient accompagné l'ex-président Vladimir Poutine au cours d'une visite officielle à Tripoli.

Lors de cet entretien, Moscou avait annulé la dette de la Libye (4,6 milliards de dollars), en échange de «contrats de plusieurs milliards de dollars» pour les sociétés russes, au premier plan desquelles Gazprom. L'entreprise avait également remporté par appel d'offres, en décembre dernier, l'exploitation de trois «blocs» gaziers dans le sud de la Libye.

L'annonce d'aujourd'hui confirme les ambitions de Gazprom. Le géant russe s'est déjà montré très intéressé par un projet de gazoduc qui alimenterait l'Europe à partir du Nigeria, en passant par l'Algérie, ainsi que par un autre projet de gazoduc sous-marin entre la Libye et l'Italie (premier client énergétique de Tripoli).

Alliance russo-italienne

Les bons rapports russo-italiens jouent un rôle décisif dans cette offensive africaine de Gazprom.

Les relations entre l'italienne ENI et Gazprom sont au beau fixe, tout comme celles de l'ex-président et actuel premier ministre Poutine, toujours influent, avec le dirigeant italien Silvio Berlusconi. Liés par un accord stratégique depuis 2006, ENI et Gazprom envisageraient de procéder à un échange d'actifs, alors que le gazier italien est le plus grand opérateur étranger implanté en Libye.

Les projets africains de Gazprom ne concernent pas que les gazoducs. Les Russes comptent créer une entreprise commune avec la Compagnie nationale libyenne de pétrole, afin de participer à l'ensemble des activités énergétiques: prospection, transport, distribution, tant pour le gaz que pour le pétrole, sans compter la construction de raffineries, voire de centrales électriques au gaz dans le pays du colonel Kadhafi.

Investissements en Amérique du Nord

Et les ambitions de la première entreprise gazière du monde ne se limitent pas qu'à l'Afrique du Nord. Déjà fournisseur du quart du gaz consommé en Europe, Gazprom cherche également à se positionner comme distributeur sur le continent, au grand dam des Etats européens qui voient leur dépendance envers Moscou s'affermir.

Le géant russe a également fait la une en Amérique du Nord en mai dernier, en devenant le fournisseur de gaz naturel liquéfié du futur port méthanier de Rabaska, au Québec, tandis qu'en Russie même Gazprom exploite plus des neuf dixièmes du gaz russe, soit près du cinquième des ressources mondiales «d'or bleu»...