A fin 2008, le total des actifs des banques helvétiques atteignait plus de huit fois le produit intérieur brut (PIB) du pays. UBS et Credit Suisse représentent à eux seuls six fois le PIB helvétique et contrôlent le tiers du marché des crédits en Suisse. Pour limiter les risques inhérents à cette situation, la Banque nationale suisse (BNS) envisage dans son dernier rapport sur la stabilité financière, présenté jeudi à Berne, une série de mesures à mettre en place à moyen terme. L’institut d’émission souligne certes la bonne tenue jusqu’à présent des établissements axés sur le marché intérieur, tels que les banques cantonales, régionales ou Raiffeisen. En revanche, «les perspectives des grandes banques se présentent sous un jour moins propice», analyse Philipp Hildebrand, actuel vice-président de la BNS.

Levier trop élevé

Première mesure évoquée, le degré d’endettement des grands établissements devra être limité. Dans le secteur bancaire, «un niveau d’endettement de plus de 20 est imprudent et, de ce fait, non souhaitable dans les périodes favorables, souligne le successeur de Jean-Pierre Roth. En d’autres termes, les fonds propres devraient s’élever à 5% au moins de la somme du bilan durant les périodes favorables, estime la BNS.

Cette recommandation va au-delà de celle formulée par l’autorité de surveillance des marchés financiers, la Finma, qui, elle, exige un «leverage ratio», soit une limite au degré d’endettement, nettement supérieure à 3% au niveau du groupe. Ces mesures ne devraient toutefois pas être mises en place avant 2013, afin de ne pas pénaliser les deux grandes banques. En outre, des valeurs inférieures seraient toujours tolérées durant les périodes défavorables.

Autre mesure phare préconisée hier par la BNS: il faut poursuivre les efforts afin de simplifier à l’avenir une «liquidation ordonnée» des grands établissements. Le but est d’éviter que certains établissements ne deviennent trop grands pour échouer, «too big to fail» selon l’expression consacrée. Conscient de la difficulté de l’exercice, le futur président de la BNS admet que la coordination des différents ordres juridiques nationaux est extrêmement complexe.

D’autres solutions de rechange sont ainsi envisagées. L’organisation des grandes banques est aussi à revoir. En cas de crise, les unités qui représentent une activité «importante pour le fonctionnement de l’économie» devraient pouvoir être détachées des autres, qui, le cas échéant, pourraient être liquidées. Cette approche ne remettrait toutefois pas en question le modèle de banque universelle, relève la BNS.

Enfin, d’autres mesures peuvent être envisagées pour remédier à la trop grande taille de certains instituts. D’une part, il serait possible d’adapter les exigences de fonds propres en fonction de la dimension des établissements. D’autre part, de limiter directement la taille des banques. De telles mesures existent dans le domaine de la politique de la concurrence, rappelle la BNS.