Une chute de 14% pour Credit Suisse, 11% UBS. Les actions bancaires ont fortement dévissé en bourse vendredi. «La réaction s’explique par un triple risque, celui d'un manque de liquidité sur la livre sterling, celui des réglementations et enfin un risque d'éclatement de l'UE, même s'il me semble improbable», affirme Yann Quelenn, analyste auprès de Swissquote. 

Rapidement, les regards se sont portés sur la présence des banques dans la City, un lieu réputé coûteux. «Morgan Stanley, Citigroup et Goldman Sachs ont averti qu’elles pourraient se réorganiser en cas de Brexit et réduire leur présence à Londres au profit d’autres places financières européennes», fait valoir Stéphanie Rheinboldt, analyste en valeurs financières auprès d’UBP. Selon l’agence AWP, UBS emploierait 5500 collaborateurs à Londres, Credit Suisse 6600 actuellement, mais en attente d’une réduction de 2000 postes annoncée l’automne dernier.

La banque de Tidjane Thiam «ne s’attend pas dans l’immédiat à des «conséquences juridiques» pour ses clients et salariés au Royaume Uni», selon l'agence AWP. 

L'expérience suisse d'une non-appartenance à l'UE

L’Association Suisse des Banquiers (ASB) estime, dans un communiqué, que «les banques suisses connaissent bien la situation d’État non-membre de l’UE». Elle ajoute qu'«à court terme, les répercussions seront négatives sur les investissements». La Suisse pourrait s'allier à Londres. «Nous verrons à l’avenir dans quelle mesure il existe des intérêts communs», indique l’ASB.

Les banques considérées comme les plus vulnérables souffrent le plus fortement de la décision britannique de quitter l’UE. Les instituts du Sud de l’Europe ont en effet été les plus touchées, à l'image de Banco Santander (-19%).

Les grandes banques suisses ont baissé même si elles sont parvenues à limiter les pertes. «Le rapport de stabilité financière, publié mi-juin par la BNS a rappelé le besoin des banques de se refinancer d’ici 2020 au travers de produits dits hybrides et destinés à mieux absorber le risque de pertes», déclare Stéphanie Reinboldt. Le prix de ces produits vient de baisser, ce qui rendra plus cher, à son avis, le renforcement des fonds propres des banques.

L'impact négatif sur les marges

«La chute de vendredi s’explique par la baisse des taux d’intérêt dans la zone euro et la perspective d’une politique monétaire se traduisant encore plus longtemps par des taux nuls ou négatifs. L’impact d’une telle situation monétaire se répercute sur les marges de crédit», explique Cedric Spahr, stratège auprès de J. Safra Sarasin. En outre, «l’activité des investisseurs se trouvera réduite par l’incertitude politique et institutionnelle. Cela pénalisera davantage les activités de banque d’investissement et de gestion de fortune que de gestion d’actifs», poursuit le stratège. Ce dernier craint que la réduction de la croissance économique en Europe et les problèmes structures des marchés de crédit affaiblissent les valeurs financières. «L’essentiel du mouvement de baisse s’est produit vendredi et se prolongera peut-être encore lundi. Mais les mesures de réduction du risque de portefeuille ont déjà été mises en oeuvre avant le vote britannique. «Même si ce n’est pas un krach, ces six prochains mois je ne m’attends pas à une bonne performance des actions européennes», conclut l’expert bâlois. 

Baisse dans la gestion de fortune et la banque d'investissement 

«Les banques suisses sont actives dans la banque d’investissement et la gestion de fortune, deux segments qui seront pénalisés», ajoute Claudia von Turk, analyste bancaire auprès de Lombard Odier. «Nous pensons que les banques d’investissement, aux Etats-Unis et en Europe, corrigeront en bourse en raison des incertitudes sur leurs opérations à Londres, l’impact sur les marchés et sur les transactions des clients», analyse-t-elle.

Les déclarations prochaines des banques centrales et des autorités politiques seront lues avec un vif intérêt. Mais entretemps, les annonces de réductions des coûts devraient se poursuivre.   


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