La chasse au chevalier noir du Corriere della Sera est lancée. Depuis que le banquier et ami de Silvio Berlusconi, Ubaldo Livolsi a publiquement déclaré lundi qu'il était en contact avec des entrepreneurs étrangers pour tenter l'assaut du groupe Rcs (Rizzoli-Corriere della Sera) en compagnie de l'entrepreneur immobilier Stefano Ricucci, les soupçons se multiplient. Hier, Il Sole 24 Ore avançait le nom de l'homme d'affaires français Arnaud Lagardère, déjà propriétaire de Hachette et qui possède des participations dans le capital du Monde et de Canal +. Le quotidien économique rappelle notamment «qu'Arnaud Lagardère n'a jamais fait mystère de son intérêt pour l'édition, davantage que pour les avions et l'armement» hérités de son père Jean-Luc.

Pour l'heure, le groupe français a démenti un quelconque intérêt pour le Corriere della Sera comme l'avaient fait auparavant Vincent Bolloré et le financier franco-tunisien Tarek Ben Ammar. Néanmoins, l'hypothèse d'une offensive sur Rcs reste à l'ordre du jour. Le groupe éditorial contrôle non seulement le Corriere della Sera – le principal et très influent quotidien italien qui tire en moyenne à près de 700 000 exemplaires –, mais aussi la Gazzetta dello Sport – premier journal sportif du pays – et de nombreux magazines, ainsi qu'El Mundo en Espagne ou encore Flammarion en France.

Depuis sa création, il y a plus d'un siècle, le Corriere a été le quotidien de référence en Italie, en particulier pour la bourgeoisie du Nord et les entrepreneurs, au point que les grands capitaines d'industrie ont toujours cherché à entrer dans son capital. Le pacte d'actionnaires qui détient 58% de Rcs réunit d'ailleurs nombre de grands fleurons de l'économie transalpine, de la famille Agnelli (10,3%) à Pirelli (2,94%) en passant par les Assurances Generali ou Diego Della Valle.

L'arrivée fracassante de Stefano Ricucci, l'homme d'affaires romain qui a bâti en dix ans une fortune colossale et dont l'origine des fonds demeure un mystère, est venu bouleversé les équilibres. En quelques mois, celui-ci a raflé plus de 20% du capital de Rcs, s'imposant comme l'actionnaire principal. Il a également annoncé son intention de monter jusqu'à 29% des parts et n'exclut pas une OPA.

En cinq mois, le titre Rcs a doublé à la Bourse de Milan. Impliqué dans le scandale Antonveneta, Stefano Ricucci a été placé sous écoutes. Dans l'une de ses conversations, il se dit convaincu que certains membres du pacte d'actionnaires lui vendront leurs parts ajoutant: «Fiat et Della Valle doivent sortir de Rcs.» Bien qu'il se défende de toute implication dans l'affaire, Silvio Berlusconi ne verrait pas d'un mauvais œil un changement à la tête de Rcs. «Le Corriere della Sera nous est hostile», répète-t-on à Forza Italia.

Pour l'heure, les grands actionnaires jurent qu'ils ne céderont pas aux sirènes de Stefano Ricucci. «Le pacte est solide», a ainsi tenu à réaffirmer mardi le patron de Tod's, Diego Della Valle. Mais rien ne garantit que l'entrée en scène d'un colosse étranger ne poussent certains actionnaires à la trahison.