Les banquiers français sont dans la tourmente. Le départ de Marc Litzler, responsable des activités des banques d'affaires du Crédit Agricole, pourrait être décidé aujourd'hui, à l'occasion de son conseil d'administration. La banque verte doit annoncer demain ses résultats trimestriels. Des fuites dans la presse l'ont forcée à dévoiler dès hier des dépréciations liées aux crédits à risques américains de 1,2 milliard d'euros supplémentaires sur le premier trimestre. Ce qui réduira son bénéfice net à 892 millions d'euros. La banque mutualiste, dont le capital reste contrôlé par ses caisses régionales, a surtout confirmé qu'elle allait renforcer ses fonds propres à hauteur de 5,9 milliards d'euros (9,4 milliards de francs). Une annonce fraîchement accueillie: ses actions ont plongé de 5,6% à Paris.

Un appel au marché confus

L'objectif de cette augmentation de capital suscite toutes les interrogations. Se renforcer après les dégâts causés par la crise financière, comme l'ont fait bien d'autres banques? Problème: le montant annoncé paraît sans commune mesure avec les profits revendiqués par le Crédit Agricole. Analyste chez Lombard Odier Darier Hentsch, Loïc Bhend suggère que l'opération pourrait être liée à la suppression d'un avantage réglementaire dont disposait le groupe, qui lui permettait de consolider une partie du bénéfice et des encours des caisses régionales sans avoir à les couvrir en capital dans leur intégralité. «Avec le passage aux normes prudentielles de Bâle II, ce traitement favorable tomberait», poursuit le spécialiste. D'où la recapitalisation. «Ces changements sont déjà préparés depuis longtemps», rétorque Alain Tchibozo, analyste chez ING Securities à Paris. Et celui-ci de citer les 3,6 milliards d'euros qu'ont prévu d'avancer les caisses régionales à cet effet. Ce dernier n'écarte pas la piste du financement «d'une acquisition, dans la banque de détail». Reste que financer un rachat, avant de l'annoncer, paraît inhabituel.

Départ de Daniel Bouton

La valse des responsables touche également la Société Générale. Lundi, Daniel Bouton a quitté la tête de la Société Générale pour y être remplacé par Frédéric Oudéa, 44 ans, jusque-là directeur financier. Daniel Bouton avait été maintenu à son poste après les pertes colossales dues à l'affaire Kerviel, fin janvier. Il demeurera à la présidence du conseil d'administration. La Société Générale a annoncé hier avoir vu ses bénéfices nets reculer de 23% au premier trimestre par rapport à l'an dernier à 1,1 milliard d'euros. Un résultat certes moins désastreux qu'attendu. La tâche d'éclaircir le paysage bancaire français reviendra cependant à BNP Paribas, qui doit publier ses résultats trimestriels ce mercredi matin.