C’est un Guy Parmelin serein mais qui s’est dit prêt à en découdre qui était à l’œuvre lundi matin à Berne. Alors qu’il se prépare à prendre la présidence tournante de la Confédération, le conseiller fédéral chargé de l’Economie est monté aux barricades pour défendre l’accord de libre-échange signé entre l’Indonésie et la Suisse en 2018. Il avait fallu huit ans de négociations pour arriver au but. Mais voilà, l’accord est contesté par le référendum «Stop huile de palme» et c’est le peuple qui aura le dernier mot le 7 mars prochain. Comparé à la récente votation sur l’initiative pour des entreprises responsables, Guy Parmelin part avec un avantage: les 130 ONG qui ont donné du fil à retordre au Conseil fédéral pour la votation du 29 novembre dernier ne tirent plus à la même corde.

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Willy Cretegny, dirigeant du syndicat paysan Uniterre et cheville ouvrière du référendum, a suivi le point de presse de Guy Parmelin sur YouTube. Il ne désespère pas. «C’est un phénomène connu, se confie-t-il au Temps. Au moment de la récolte de signatures pour lancer le référendum, nous n’étions qu’une poignée d’associations et formations politiques. Aujourd’hui, nous sommes 50 dont les Verts et la Jeunesse socialiste.» Il en invite d’autres à rejoindre le mouvement, surtout celles qui s’étaient mobilisées pour l’initiative pour des entreprises responsables. «Nous menons le même combat, déclare l’agriculteur genevois. La protection de l’environnement et le respect des droits humains.» Son propos ne fait pas l’unanimité. En effet, les plus grandes associations s’alignent cette fois-ci sur le Conseil fédéral. En 2018, la Suisse a importé 24 272 tonnes d’huile de palme, principalement de la Malaisie, pour 27,4 millions de francs.

Coalition huile de palme dépassée

A commencer par la Coalition huile de palme, apparemment dépassée. Celle-ci a été fondée en 2014 au moment où la Suisse négociait un accord de libre-échange avec la Malaisie. Les huit membres, dont Public Eye, Alliance Sud (un consortium de plusieurs œuvres d’entraide), la Fédération romande des consommateurs, avaient alors demandé que l’huile de palme soit exclue des négociations. En vain. Paradoxalement, en ce qui concerne l’Indonésie, ces grandes ONG sont acquises à la cause du Conseil fédéral. Guy Parmelin a bien voulu souligner lundi que l’accord «d’une nouvelle génération» respectait les critères de durabilité tout comme il permettrait aux entreprises suisses de faire des affaires dans un marché de 261 millions d’habitants.

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Pour Public Eye, l’association suisse qui traque notamment les abus des multinationales dans le monde, l’accord négocié par Berne est acceptable. «Il fixe des critères environnementaux pour la production de l’huile de palme destinée au marché suisse, avait déclaré Thomas Braunschweig, chargé de la politique commerciale, en juin. Nous attendons de tels engagements depuis dix ans.» Alliance Sud se dit également satisfaite de l’accord même si elle regrette qu’il ne prévoie pas de mécanisme pour la mise en œuvre des dispositions sur la durabilité. Selon sa porte-parole Isolda Agazzi, l’accord contient beaucoup d’autres dispositions problématiques, notamment sur les droits de propriété intellectuelle sur les médicaments et les obtentions végétales (droit aux semences).

«Mécanisme de contrôle alibi»

L’organisation militante écologiste Greenpeace, qui se distingue souvent par des actions musclées, baisse les bras cette fois-ci. Son porte-parole Mathias Schlegel affirme que l’accord Suisse-Indonésie pose effectivement beaucoup de questions. «Mais nos partenaires indonésiens nous ont demandé de ne pas s’y opposer, relève-t-il. Dès lors, on se fie à leur expertise et expérience.»

Pour sa part, Bruno Manser Fonds, association bâloise active dans la protection de la biodiversité et de peuples menacés et membre de la Coalition huile de palme, reconnaît que les ONG sont divisées sur l’accord en question. «Pour notre part, le Conseil fédéral fait du greenwashing en affirmant que l’huile de palme indonésien importée en Suisse satisfera les critères de durabilité, accuse-t-elle. En réalité, le mécanisme de contrôle est un exercice alibi car il ne prévoit pas de sanctions en cas de violation des règles.»