Etats-Unis

Les grandes sociétés américaines achètent massivement de l’éolien

Pour assurer leurs besoins croissants d’énergie, Google, Facebook, General Motors et d’autres sociétés du «Fortune 500» concluent des contrats à 20 ans pour s’approvisionner en énergie éolienne. Pour des raisons économiques. Le prix de l’éolien est stable et a baissé de plus de 60% depuis 2009

En août 2015, Richard Wellings, directeur éditorial adjoint de l’Institute of Economic Affairs, un laboratoire d’idées libérale ayant pignon sur rue au Royaume-Uni, était catégorique: le plan énergétique de Barack Obama misant sur le développement des énergies renouvelables allait «ruiner l’économie américaine». Aujourd’hui, l’Association américaine de l’énergie éolienne (AWEA) prouve le contraire. Dans son rapport annuel publié mardi, elle met en évidence un phénomène qui pourrait accélérer la transformation du pays en une économie verte. Les grandes sociétés américaines achètent massivement de l’énergie éolienne en signant des contrats d’achat à long terme, les power purchase agreements (PPA). Au total, elles ont conclu des PPA pour acheter plus de 4500 mégawatts d’énergie éolienne, soit l’équivalent de la consommation de 1,2 million de foyers aux Etats-Unis.

Parmi les sociétés attirées par l’éolien figurent des grands noms de la liste des «Fortune 500»: Amazon Web Services, Dow Chemical, Salesforce, General Motors, Proter & Gamble ainsi que Facebook et Google Energy. Walmart en fait partie. La multinationale américaine compte se développer encore à l’échelle mondiale. Pour couvrir ses besoins énergétiques futurs, elle achète massivement de l’éolien. Elle s’est fixé un objectif très ambitieux: s’approvisionner à 100% avec des énergies renouvelables d’ici à 2020. Google Energy a un objectif similaire et a signé, selon le Washington Post, une quinzaine de contrats pour acheter plus de 2 gigawatts d’énergie renouvelable. Jusqu’ici, certaines grandes sociétés agissaient surtout par souci d’image: en s’engageant pour le développement durable, elles cherchent à séduire des nouvelles générations sensibles aux questions environnementales.

Des prix fixes sur de longues périodes

Aujourd’hui toutefois, la croissance «exponentielle» de la demande, selon l’AWEA, n’a rien à voir avec une question de réputation. «Parmi les gros clients achetant de l’électricité à partir de l’éolien figurent des sociétés disposant d’énormes centres de données. Google et Facebook par exemple anticipent pour alimenter des centres de données très énergivores. Elles ont un intérêt économique évident à conclure des contrats d’achat prévoyant des prix fixes sur des périodes de dix à vingt ans», se confie au Temps John Hensley, responsable de l’analyse des données du secteur à l’AWEA. L’éolien a un grand avantage. Il n’est pas grevé par des coûts variables parfois élevés. Il n’est pas non plus tributaire de la volatilité des prix comme les énergies fossiles.

Le prix de l’énergie éolienne a chuté de plus de 60% depuis 2009 en raison d’avancées technologiques importantes. L’énergie éolienne est fiable et propre. «Nous pensons qu’un nombre croissant de grandes sociétés vont se joindre au mouvement», poursuit John Hensley. La demande ne se limite pas aux sociétés du «Fortune 500». Plus de septante villes comme Washington ou institutions académiques comme l’Université Cornell ou l’Université de l’État d’Oklahoma ont également conclu des contrats d’achat à long terme. Directeur adjoint de l’Institut de l’énergie de l’Université du Texas, Michael Webber analyse le phénomène: «Si des sociétés commerciales signent de tels contrats PPA, c’est la preuve que l’éolien n’est plus un secteur de niche. C’est devenu un secteur mainstream. Si elles investissent à si long terme, c’est qu’elles croient vraiment en l’avenir du secteur et en sa capacité d’innover.»

La forte demande en éolien a un effet sur les capacités de production. Les entreprises d’électricité investissent de plus en plus dans cette énergie renouvelable, le Congrès ayant prolongé un crédit d’impôt pour la construction et la mise en oeuvre d’éoliennes. Une extension massive du parc éolien est inéluctable. L’entreprise générale d’électricité Xcel dispose déjà de capacités de production de 6000 mégawatts. MidAmerican prévoit de développer au cours des deux ans à venir des installations capables de générer 2000 mégawatts supplémentaires, notamment en Iowa. En conséquence, précise au Temps Michael Webber, «ce phénomène va inévitablement mener à une décarbonisation croissante de l’économie». Pour l’heure, seuls 4,7% de l’électricité aux Etats-Unis sont produits avec l’éolien. Deux tiers de la production d’électricité sont toujours générés par le charbon et le gaz naturel. Mais en 2015, le secteur éolien a construit dans le pays 4300 éoliennes supplémentaires générant 8500 mégawatts. Au début 2016, il employait 88 000 personnes, soit 20% de plus qu’un an plus tôt. Selon le Département de l’énergie, l’éolien devrait compter pour 10% de la production d’électricité aux Etats-Unis d’ici à 2020 et 20% d’ici à 2030.

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