Salon de l’auto

Tous les grands constructeurs visent, à terme, la voiture autonome

En deux ans, les hésitations ont disparu face à l’avenir de la voiture autonome et à la montée en puissance du véhicule électrique. La tendance se dessine clairement au Salon de l’auto de Genève qui s’ouvre jeudi

Il y a quelques mois sortait au Japon une nouvelle version du véhicule familial moyen de gamme Serena du constructeur Nissan, dont les plateformes d’assemblage et les avancées technologiques sont partagées avec Renault. Une option de pilotage automatique de base, à un peu plus de 1000 francs, était proposée aux clients.

«Nous avons été très surpris de constater que 70% des acheteurs ont acquis ce système Pro Pilot qui permet de laisser le véhicule en conduite autonome dans les bouchons et lorsque la route est bien balisée», constate mercredi Stewart Callegari, responsable du département de la mobilité du futur chez Nissan, lors de la journée presse du 87e Salon de l’auto de Genève.

«Circuler dans des bouchons»

Le constructeur japonais, qui développe ces nouvelles technologies au sein de l’Alliance Renault Nissan, avance étape par étape et avec pragmatisme. «Nous ne partons plus des idées des ingénieurs, qui sont parfois assez éloignées de la réalité quotidienne, mais des besoins concrets exprimés par les clients, explique Stewart Callegari. Ils veulent un système autonome simple à manier, bon marché et en qui ils puissent avoir entière confiance pour, dans une première phase, circuler dans des bouchons».

Les étapes suivantes seront franchies progressivement, naturellement, et à un coût abordable, selon le responsable de Nissan. «La voiture entièrement autonome, dans des conditions difficiles de circulation et à un prix raisonnable, ne sera pas sur le marché avant 10 ans. Et il faudra peu à peu former les conducteurs à cette technologie pour bâtir un rapport de confiance avec le véhicule», prévoit Stewart Callegari. Le chemin est encore long car le diable se cache dans les détails. «On remarque que la manière de conduire est souvent très différente en Grande-Bretagne, dans le sud de l’Italie, ou en Allemagne, ce qui nous oblige à mettre au point des logiciels et des équipements modulables selon les pays», ajoute le spécialiste du constructeur japonais.

En outre, la voiture intelligente pourra difficilement intégrer toutes les situations complexes, par exemple un agent de police qui oblige les automobilistes à passer au feu rouge à cause d’un accident. Un système d’assistance, avec une communication directe entre la voiture et les informaticiens d’un centre de contrôle, est ainsi testé actuellement par le constructeur japonais.

Réalité à partir de 2020

Du côté de Renault, Thierry Bolloré, numéro deux du groupe, confirme ce processus étape par étape. «Le véhicule sera d’abord autonome dans les bouchons, puis en ligne droite dans un environnement élargi. Ensuite sera introduite une capacité de dépasser, avant de passer à une conduite entièrement autonome en ville avec une sécurité complète». Pour les clients aisés, la voiture entièrement autonome devrait déjà devenir réalité à partir de 2020, mais il faudra 10 ans supplémentaires pour qu’elle soit proposée à un prix abordable.

«Le fait que 70% des clients intéressés par le modèle Serena aient acquis le système Pro Pilot est un très bon signe. Pour être honnête, je dois dire que nous n’avions pas prévu un pourcentage aussi élevé», confie au Temps Thierry Bolloré.

La volonté de la majorité des constructeurs d’aller en direction de la voiture connectée, puis autonome, est aujourd’hui clairement affichée. On le voit et on l’entend nettement au Salon de l’Auto, alors qu’il y a un ou deux ans les stratégies étaient encore divergentes.

Seat, une marque du groupe Volkswagen, entend par exemple rattraper son retard dans ce domaine. «La tendance vers la voiture autonome est forte. Nous avons donc décidé de mettre en place, à Barcelone, un système de véhicules connectés destinés à faciliter la vie des automobilistes, notamment dans le domaine du parcage», annonce Luca de Meo, patron de Seat. Le constructeur espagnol entend aussi proposer une voiture électrique dès 2019.

Une voiture électrique pour 8000 francs

L’électrification du parc automobile est l’autre tendance du moment, clairement ressentie au Salon de l’auto de Genève qui s’ouvre jeudi pour 10 jours. Renault a annoncé en novembre dernier son intention de commercialiser en Chine d’ici 2018 une voiture électrique coûtant quelque 8000 francs. «Ce prix est possible grâce à une nouvelle approche globale de la conception de ce véhicule qui n’est pas destiné qu’au seul marché chinois, précise Thierry Bolloré. A la vitesse où vont les choses, nous pensons qu’en 2030 un quart du marché sera occupé par des véhicules électriques».

Le constructeur français montre en outre au Salon, avec un prototype électrique sportif, la Zoé e-Sport, que le plaisir de la conduite pourra peut-être bientôt aussi rimer avec moteur électrique.


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