Infrastructures

Les grands projets européens ont tout pour séduire

La crise financière mondiale a brutalement touché le financement des grands projets d’infrastructures. Les prêteurs classiques sont désormais limités. Une chance pour les institutionnels en quête d’investissements sur le long terme

Suite à la crise financière, les institutions finançant les grands projets d’infrastructures ont moins de possibilités de le faire. Tout particulièrement en Europe, de nombreux gouvernements ont dû réduire la voilure du fait de contraintes budgétaires. Autres prêteurs importants, les banques se sont vu imposer des règles (Bâle III) qui les ont obligées à réduire la taille de leur bilan.

Conjugués, ces éléments offrent désormais une voie royale aux investisseurs institutionnels. D’autant que la dette d’infrastructure correspond parfaitement à leur souci de générer des revenus sur le long terme. Par essence, caisses de retraite et assurances cherchent des placements prévisibles, stables, durables et générant des rendements réguliers sur le long terme.

Un secteur en forte progression

Dans ces conditions, nulle surprise de constater, dans la dette d’infrastructure, des allocations croissantes et en constante augmentation. L’attrait est d’autant plus grand que, par rapport à des classes d’actifs traditionnelles, les investissements dans la dette d’infrastructures matures devraient être capables de générer un rendement d’au moins 150 à 200 points de base supérieur aux obligations d’Etat comparables.

Et les possibilités sont nombreuses. Au plan mondial, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) chiffre à 50 000 milliards de dollars US les besoins en financement d’infrastructures d’ici à 2030. Soit environ 3000 milliards d’USD par an. En comparaison, les dépenses actuelles ne représentent que la moitié de cette somme. La seconde moitié est donc à financer.

Et l’OCDE considère que l’Europe constitue la plus grande opportunité pour du capital institutionnel, vu les besoins du Vieux Continent en nouvelles infrastructures ou en rénovation d’anciennes. Pour donner un ordre de grandeur limité à un seul pays: fin 2016, le gouvernement britannique a publié son «National Infrastructure and Construction Pipeline», qui prévoit des dépenses publiques et privées de l’ordre de 100 milliards de livres sterling à l’horizon 2021.

Les partenaires doivent s’apprivoiser

Par rapport à l’Amérique du Nord, les pays européens ont moins l’habitude de financer leurs grands projets au travers des obligations privées. Il faut donc qu’emprunteurs et promoteurs de projets s’apprivoisent: ils doivent s’habituer les uns aux autres, à des conditions d’investissement, à des présentations de renseignements financiers et des documentations différentes de ce qu’ils connaissent usuellement. Les institutionnels doivent aussi se familiariser plus en détail avec les caractéristiques souvent complexes du secteur des infrastructures.

Ce pas franchi, les projets s’avèrent nombreux. Pour donner quelques exemples, le fonds de dette d’infrastructures géré par UBS Asset Management a récemment investi dans le refinancement d’un opérateur de ferry reliant la Suède au Danemark, dans des centrales solaires photovoltaïques en Espagne, dans une autoroute en Irlande ou encore dans un portefeuille de terminaux de stockage de produits chimiques et pétroliers en France et dans la péninsule Ibérique.

Dans ce cadre, il est souvent préférable de se concentrer sur des transactions primaires où l’on peut avoir un dialogue direct avec les emprunteurs. L’atout est là souvent de leur offrir un cadre propice tel qu’une vitesse supérieure d’exécution, des capacités dédiées pour structurer le produit, une approche pragmatique dans la négociation des conditions et un intérêt réel à conclure des partenariats à long terme, tout en évitant un empilement de frais.

Gare au risque réglementaire

Dernier conseil: comme l’investissement d’infrastructure est fondamentalement lié à la politique, il convient d’apprécier précisément le risque réglementaire. De tels placements doivent être envisagés sur le très long terme, dépassant un cycle économique. Dès lors, quand la réglementation d’un pays est réputée équitable et durable, l’infrastructure concernée bénéficiera de cette faible probabilité de changement des conditions-cadres. A l’inverse, mieux vaut rester prudent dans des secteurs où les tarifs et les subventions sont trop généreux ou motivés par le souci de sortir des passifs du bilan, comme c’est parfois le cas dans certains partenariats public-privé (PPP).

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