Homéopathie

Les granules Boiron sont pris dans la tourmente

Michèle Boiron, la fille et nièce des fondateurs du groupe français, reste sereine face à la menace de déremboursement de l’homéopathie en France. L’entreprise cherche des relais de croissance, en Inde essentiellement

Michèle Boiron est une femme inébranlable. De passage à Lausanne, elle attend son rendez-vous, confortablement installée dans le lobby feutré d’un palace, épaulée d’une spécialiste de la communication et de la directrice de la filiale Boiron en Suisse. La fille et nièce des deux fondateurs du groupe se débrouille pourtant très bien toute seule.

«L’homéopathie est régulièrement attaquée. Cela revient par cycle», rappelle Michèle Boiron, administratrice des Laboratoires Boiron, leader mondial de l’homéopathie. Cette fois, pourtant, les opposants ont frappé plus fort, via une tribune publiée à la mi-mars dans Le Figaro. Les 124 signataires y dénonçaient les thérapies alternatives et particulièrement l’homéopathie. Ils ont demandé au conseil de l’Ordre des médecins et aux pouvoirs publics de ne plus reconnaître les diplômes, de ne plus autoriser les médecins à faire état de leur titre, de mettre fin aux formations en faculté de médecine et de dérembourser les soins et médicaments.

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Saisie fin août par le Ministère français de la santé, la Haute Autorité de santé se donne jusqu’au mois d’avril pour évaluer l’efficacité de l’homéopathie et le bien-fondé de son remboursement. Mais les répercussions se sont déjà fait ressentir. La Faculté de médecine de Lille a, par exemple, annoncé son intention de suspendre, pour l’année à venir, le diplôme d’homéopathie que prodiguait son établissement depuis une trentaine d’années.

«Nos clients existants ne sont pas touchés par cette affaire», estime Michèle Boiron qui a tenu une pharmacie pendant quarante ans à Lyon. Au premier semestre 2018, le chiffre d’affaires du groupe, détenu à 60% par la famille fondatrice, a connu un recul de 1,5% de son chiffre d’affaires à 280,5 millions d’euros tandis que le résultat opérationnel enregistrait une baisse de 13% à 35,3 millions d’euros. A la bourse, le cours de l’action cède du terrain, avec une chute d’environ 20% depuis la mi-mars. Pour ne rien arranger, Christian Boiron, le directeur général, a annoncé vouloir quitter le groupe le 1er janvier 2019, à l’âge de 71 ans.

«La physique n’est pas assez pointue»

Même si les vertus de l’homéopathie sont de plus en plus critiquées, Michèle Boiron reste sereine alors qu’un petit air jazzy se fait entendre en arrière-fond du lobby. «Les médicaments homéopathiques donnent aujourd’hui satisfaction à des centaines de millions de patients partout dans le monde. La physique n’est pas encore assez pointue pour démontrer certains mécanismes d’action. Ce n’est pas parce qu’on ne sait pas comment ça marche que ça ne marche pas», affirme-t-elle, en faisant référence à l’étude EPI3. Financée par son laboratoire familial et menée entre 2005 et 2012 sur près de 8600 patients au sein de 825 cabinets de médecins généralistes, elle montre selon elle l’efficacité de l’homéopathie pour traiter certaines pathologies.

Face à elle, l’Académie nationale de médecine parle d’une «méthode imaginée il y a deux siècles à partir d’a priori conceptuels dénués de fondement scientifique». En septembre 2017, le Conseil scientifique des académies des sciences européennes (Easac) avait rendu un rapport accablant, jugeant qu’il n’y avait «aucune preuve solide de l’efficacité des produits pour traiter les maladies, ou même les prévenir […], même s’il y a parfois un effet placebo».

A cette évocation, Michèle Boiron montre une légère pointe d’agacement. «Tous les médicaments ont un effet placebo, aussi bien les traitements homéopathiques qu’allopathiques. Mais je peux vous garantir que l’arnica ne va pas arrêter le hoquet d’un enfant alors que le cuprum sera capable de le faire.»

Relais de croissance en Inde

Michèle Boiron rappelle quelques chiffres. «L’homéopathie représente 0,29% du remboursement des médicaments, et 0,06% des dépenses de la santé en France.» Et d’ajouter: «Cela fait deux cents ans que l’homéopathie existe. Elle est entrée dans la pharmacopée française en 1965. Ne plus rembourser l’homéopathie serait une atteinte à la liberté de choix individuelle. Cela serait gênant pour certains patients. Si un traitement fonctionne, on lui reste généralement fidèle», estime celle qui n’hésite pas à prendre de l’ibuprofène en cas de maux de tête. «J’ai toujours défendu la complémentarité de l’homéopathie avec la médecine traditionnelle.»

Le groupe réalise aujourd’hui 50% de ses ventes en France mais cherche des points de relais à l’international. En Inde notamment où il y aurait déjà 200 000 homéopathes. Boiron estimerait ce marché entre 600 et 700 millions d’euros, soit l’équivalent de son chiffre d’affaires annuel.

Le groupe aux 3700 employés possède quatre sites de production près de Lyon et 20 filiales de distribution, dans toute l’Europe, aux Etats-Unis, au Canada et en Amérique du Sud. Et la Suisse? Le groupe profite de la votation de 2009 où les Suisses avaient plébiscité à près de 70% les médecines complémentaires. Le 1er août 2017, le Conseil fédéral a reconnu ces dernières au même titre que les autres disciplines médicales remboursées par l’assurance de base et a inscrit l’homéopathie dans la loi sans limitation de temps.

«C’est un pays intéressé par les médecines complémentaires et où l’on trouve certains concurrents de stature internationale», précise Michèle Boiron, en faisant référence à Similasan ou Schmidt Nagel. Avant que la rencontre ne touche à sa fin, elle sort un livre et un stylo de son sac à main. «Vive l’homéopathie qui nous réunit», écrit-elle en tendant son ouvrage.

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