La Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme boursier américain, a porté plainte contre 13 personnes, dont un directeur de UBS, pour délits d'initiés répétés dans une affaire qu'elle décrit comme une des plus importantes depuis les années 80. Quatre des accusés ont plaidé coupable, les autres ont été relâchés moyennant une forte caution, de 500000 dollars chacun.

Outre la banque suisse, Morgan Stanley, Bear Stearns, Banc of America ainsi que des gérants de hedge funds sont impliqués. «Il n'y a quasiment pas une règle de Wall Street que les accusés n'aient violée», a déclaré Linda Thomsen, cheffe de la division d'application des lois à la SEC.

Les soupçons enflent

L'affaire tombe au moment où les suspicions de délits d'initiés enflent contre les hedge funds et que des politiciens comme le sénateur de l'Utah Arlen Specter demandent aux autorités d'intervenir plus durement.

La SEC a donné des détails précis sur les cas qu'elle a découverts. Celui de M. G., 41 ans, directeur du département de recherches de UBS à New York, remonte à 2001. C'est à l'Oyster Bar de la gare Grand Central qu'il a échafaudé avec E.F., 39 ans, un courtier travaillant pour Bear Stearns, un plan consistant à rembourser une dette personnelle de 25000 dollars contre la fourniture en primeur des changements de notes attribuées par les analystes de UBS.

Pour éviter d'être repérés, les deux hommes communiquaient de façon codée en utilisant des téléphones mobiles à carte jetable. E.F. et un de ses collègues ont gagné plus de 4 millions de dollars grâce à ces informations d'initiés.

Dans un autre cas, R. C., 30 ans, employée par Morgan Stanley, a informé son mari, un courtier travaillant en Floride, ainsi qu'un de ses collègues, de projets de rachats encore secrets, portant sur des milliards de dollars. Après les avoir utilisées, le duo a revendu les informations plus loin pour des centaines de milliers de dollars.

En janvier dernier, la SEC a demandé à dix sociétés financières de Wall Street de lui fournir leurs relevés de transactions des deux dernières semaines de septembre 2006, soupçonnant que des informations sensibles ont été transmises en priorité à des clients privilégiés.

Sous pression

Les gérants de hedge funds sont sous pression depuis des mois pour augmenter des rendements, qui ont baissé depuis 2000. La tentation de tricher peut s'étendre par contagion aux sociétés financières qui vendent les analyses aux hedge funds pour un montant global de quelque 10 milliards de dollars par an.

Une étude de Measuremarkets en août 2006 montre que des initiés pourraient avoir effectué des transactions illégales dans 41% des acquisitions négociées aux Etats-Unis en 2005. Une autre étude de Credit Derivative Research publiée deux mois plus tard arrive à des conclusions similaires pour 2006. Plus récemment, les opérations autour du rachat de TXU et de Hyperion ont donné lieu à des mouvements prononcés et suspects sur les options.