Automobile

Gravement malade, Sergio Marchionne cède sa place à la tête de Fiat et Ferrari

Après avoir souffert de «complications inattendues» liées à une opération, le ténor de l’industrie automobile italienne et président de la société genevoise SGS est hospitalisé à Zurich. Il sera remplacé aux commandes de Fiat Chrysler et de Ferrari par Mike Manley et Louis Carey Camilleri


Le ténor de l’industrie automobile italienne Sergio Marchionne cède sa place aux commandes de Fiat Chrysler (FCA) et de Ferrari, qui ont respectivement désigné les patrons de Jeep, Mike Manley, et de Philip Morris, Louis Carey Camilleri, pour lui succéder.

Sergio Marchionne, qui était également président de CNH Industrial, sera remplacé par la Britannique Suzanne Wood, a annoncé ce dernier des trois groupes contrôlés par la famille Agnelli. L’Italien est par ailleurs président de la société genevoise SGS.

Dans un communiqué, FCA annonce «avec un profond chagrin que durant la semaine, Sergio Marchionne a souffert de complications inattendues, alors qu’il se remettait après une opération, qui ont sérieusement empiré ces dernières heures. Par conséquent, Sergio Marchionne ne pourra pas reprendre le travail».

Selon la presse italienne, il est hospitalisé à Zurich. Son état se serait sérieusement dégradé vendredi, «cette fois-ci sans retour. Le patient ne réagit plus», croit savoir La Repubblica. Contacté, l’hôpital s’est refusé à tout commentaire sur ses patients.

Les administrateurs des trois groupes se sont réunis en urgence samedi après-midi pour évoquer cette succession anticipée. Agé de 66 ans, Sergio Marchionne avait subi une opération chirurgicale en juin, officiellement à l’épaule droite. Sa dernière apparition publique remonte au 27 juin, lorsque ce fils d’un carabinier des Abruzzes a remis une jeep aux carabiniers de Rome.

Polos noirs

Le manager italo-canadien aux éternels pulls ou polos noirs, qui avait pris les commandes de Fiat en 2004, prévoyait de passer les rênes de FCA dans le courant de l’année 2019.

En quatorze ans, il a profondément remodelé le groupe, d’abord en redressant Fiat, en l’alliant en 2009 à l’américain Chrysler, tout en détachant, d’une part, les activités gros engins/camions en 2011 pour créer CHN Industrial et, d’autre part, le joyau Ferrari en janvier 2016.

Lire également: Sergio Marchionne, le stratège qui a remodelé Fiat (2014)

John Elkann, petit-fils de Gianni Agnelli et PDG d’Exor, la holding familiale qui détient près de 30% de Fiat, 27% de CNH Industrial et 23% de Ferrari, s’est dit «profondément triste».

«C’est une situation qui était encore impensable il y a quelques heures, et qui nous laisse tous avec un réel sentiment d’injustice. Mes pensées vont d’abord à Sergio et à sa famille», a-t-il dit dans un communiqué de FCA.

Jeep au cœur de la stratégie

C’est donc Mike Manley, discret Britannique de 54 ans PDG de Jeep et de Ram (pick-up et vans), qui sera chargé de prendre le relais. Il est arrivé à la tête de Jeep en 2009, en pleine tempête dans le secteur automobile américain. Sous sa direction, le constructeur est passé de 337 000 véhicules vendus en 2008 à près de 1,4 million en 2017, et vise 1,9 million cette année.

Selon Morgan Stanley, Jeep devrait d’ailleurs représenter à lui seul près de 70% des profits de FCA cette année. Et il figure en tête des marques «Premium» – avec Alfa Romeo ou encore Maserati – qui sont au cœur du plan stratégique 2018-2022 présenté par Sergio Marchionne début juin, parallèlement au développement des voitures hybrides et électriques.

«Comme FCA cherche un successeur depuis quelque temps, et que le successeur a participé à l’élaboration du plan sur cinq ans récemment annoncé, la transition pourrait se faire malgré tout en douceur», a estimé Stephanie Brinley, experte automobile au cabinet IHS Markit.

Dans les tabloïds

Cette transition pourrait aussi être facilitée par le tonus de FCA, qui a enregistré de nouveaux résultats record en 2017 et a ramené fin juin à zéro sa dette nette industrielle – contre 7,7 milliards d’euros fin 2014.

Du côté de Ferrari aussi les résultats financiers sont plus que satisfaisants: la célèbre marque au cheval cabré, qui limite volontairement sa production pour maintenir son caractère exclusif, a réalisé en 2017 un chiffre d’affaires de 3,417 milliards d’euros (+10%) et un bénéfice net de 537 millions d’euros (+34%).

Les fonctions de Sergio Marchionne chez Ferrari vont désormais être dédoublées: John Elkann devient président, tandis que Louis Camilleri est nommé administrateur délégué.

Né en 1955 dans une famille maltaise à Alexandrie (Egypte), M. Camilleri est entré en 1978 chez Philip Morris, et il est depuis 2002 le PDG de ce groupe très lié à Ferrari via le sponsoring de la Scuderia. Depuis l’an dernier, il se retrouve aussi souvent dans les tabloïds en raison de sa liaison avec la top-modèle Naomi Campbell.


SGS remplace aussi Marchionne

Parmi ses nombreux mandats de dirigeant, Sergio Marchionne est aussi président du Conseil d’administration de SGS. Du moins il l’était. Dimanche, dans le sillage de Fiat et de Ferrari, la société genevoise de certification a annoncé son remplacement à la tête du groupe. «Le conseil d’administration est profondément attristé par l’état de santé de Sergio Marchionne […]», a indiqué SGS.

Dans le même communiqué, l’entreprise aux 95 000 employés à travers le monde explique qu’elle a nommé Peter Kalantzis comme président avec effet immédiat et jusqu’à la prochaine assemblée générale des actionnaires, prévue le 22 mars 2019. Ancien dirigeant d’Alusuisse, au sein duquel Sergio Marchionne a aussi œuvré, cet économiste gréco-suisse est membre du conseil de SGS depuis 2009. Peter Kalantzis monnaie ses services dans une petite dizaine d’autres entreprises, selon le site internet de SGS. Sur ce dernier, la mention de Sergio Marchionne a, elle, déjà disparu. (S. P.)

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