La Grèce se prépare-t-elle à la confrontation avec l’Europe? Ou use-t-elle des tactiques de négociations pour obtenir une aide de Bruxelles? Lundi, quelques heures avant la réunion de l’Eurogroupe (16 ministres des Finances de la zone euro) et à la veille de celle de l’Ecofin (27 ministres des Finances de l’ensemble de l’Union ­européenne), le ministre grec des Finances Georges Papacons­tantinou s’est déclaré opposé à prendre de nouvelles mesures d’économies, comme Bruxelles le demande. Or ces propos viennent après ceux tenus moins de 24 heures après le sommet de chefs d’Etat, jeudi dernier à Bruxelles, consacré à la crise grecque, par le premier ministre Georges Papandréou; il avait dénoncé le manque de décision et d’unité de ses collègues européens.

Dimanche soir, le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, n’a pas ménagé ses mots en disant que «la Grèce tout entière doit se rendre compte qu’elle doit corriger une trajectoire qui était aberrante et que le pays a été placé sous surveillance pour éviter de nouveaux dérapages». Allant dans le même sens, le nouveau commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn, a déclaré que la Grèce devait clairement prendre des mesures supplémentaires pour réduire son endettement. Avant la réunion de l’Eurogroupe hier soir, plusieurs ministres européens des Finances ont fait monter la pression dans le même sens.

«Titanic»

«La Grèce se trouve dans une situation terrible; la remettre sur les rails serait comme changer la trajectoire du Titanic», a déclaré Georges Papaconstantinou lundi à Bruxelles. Le pouvoir estime que la population, malgré les mouvements de grève, accepte déjà beaucoup de sacrifices et qu’il ne serait pas judicieux de lui en imposer davantage dans l’immédiat. A son avis, les mesures supplémentaires pourraient attendre jusqu’à la mi-mars. A cette date, les comptes seront inspectés par Bruxelles, par le Fonds monétaire international et la BCE. «Si, à ce moment-là, il apparaissait qu’il y ait besoin de mesures additionnelles, je peux vous assurer que cela serait fait, a-t-il dit. Mais nous devons respecter le processus.»

Le Financial Times de lundi croît savoir que la Commission européenne serait favorable à l’introduction d’une taxe à valeur ajoutée (TVA) de 1 à 2%. Selon le quotidien londonien, Bruxelles aurait aussi suggéré de couper davantage dans les salaires de la fonction publique. L’objectif de ces mesures est d’assurer que la Grèce ramène son déficit budgétaire de 12,7% en 2009 à 8,7% cette année et à 3% d’ici à 2012. Endetté à hauteur de 110% de son produit intérieur brut, le pays doit lever 54 milliards d’euros pour refinancer ses engagements en 2010. Les marchés ne croient pas dans un défaut de paiement, mais cherchent tout de même une assurance en forme de soutien extérieur. Mais l’incertitude qui entoure la crise grecque et une éventuelle intervention de l’Union européenne pèsent sur l’euro. La monnaie européenne a déjà perdu 5% de sa valeur face au dollar depuis le début de l’année. Par ailleurs, le rendement sur les obligations grecques a poursuivi la tendance haussière depuis cinq jours. Les places financières européennes sont restées dans l’expectative. Le ministre Papaconstantinou s’en défend: «Il appartient aux Européens d’apporter un soutien plus explicite à la Grèce pour faire face aux attaques contre l’euro.»