En ce 24 janvier 2011, sous les ors de la somptueuse Salle des Fêtes du Palais de l’Elysée, Nicolas Sarkozy entame sa partition du jour, intitulée «Nouveau monde, nouvelles idées.» Le chef de l’Etat présente en grande pompe les priorités de la double présidence française du G20 et du G8, dont il se fait une fierté. Ses ambitions sont immenses. Au sortir d’une année 2010 difficile sur la scène intérieure, après la bataille de la réforme des retraites, les miasmes de l’affaire Bettencourt et les ratés du début de la révolution tunisienne, Nicolas Sarkozy veut ouvrir une nouvelle séquence. Politiquement, il compte sur la présidence du G20 pour représidentialiser son image et redresser sa stature d’homme d’Etat. Le chef de l’Etat se voit en président sauveur, au chevet d’un monde en crise, pourfendeur de marchés financiers sans foi ni loi. Parmi ses priorités, il met en avant la réforme du système monétaire international, la taxe sur les transactions financières, la régulation du prix des matières premières agricoles.

Le sommet de Cannes devait constituer le point d’orgue de ce scénario. Depuis février dernier, les différentes thématiques ont été patiemment préparées au cours de rencontres ministérielles ciblées sur le système monétaire ou l’agriculture, mais aussi l’emploi, le développement ou l’énergie.

Durant l’été, la crise de la zone euro et des dettes souveraines a commencé à gripper la machine, la Grèce et l’Europe mobilisant l’attention et les énergies. A la manœuvre avec la Chancelière allemande, Nicolas Sarkozy a revêtu un nouvel habit, celui du président protecteur, un capitaine capable de tenir la barre par gros temps. L’intervention télévisée du chef de l’Etat, il y a une semaine, après l’adoption au forceps du plan de sauvetage de la Grèce, qu’il qualifie de «seule voie possible pour résoudre le problème de la dette grecque», devait ancrer cette posture nouvelle.

Après la longue séquence des primaires socialistes et la consécration de son rival François Hollande, le président toujours en berne dans les sondages attendait le sommet cannois pour reprendre définitivement la main. Mais l’annonce surprise du premier ministre grec Georges Papandréou de soumettre au référendum le plan de sauvetage douche cet espoir. Tout semble à refaire ou presque. Les bourses tanguent, l’Europe et la Grèce sont à nouveau au centre des préoccupations. L’agenda du sommet a été bousculé avec la convocation d’une séance d’urgence mercredi en fin d’après-midi. Angela Merkel, Nicolas Sarkozy, les dirigeants de l’Union européenne, un représentant de la BCE et Christine Lagarde, la patronne du FMI se sont réunis avant de recevoir Georges Papandréou et son ministre de l’Economie et des finances dans la soirée. S’il entend encore tirer parti du G20, il reste deux jours à Nicolas Sarkozy pour faire ses preuves.