Grèce et Espagne, inégales face à l’austérité imposée

Comparatif La Grèce reste sur le fil du rasoir tandis que l’Espagne a retrouvé la croissance et quitté le programme d’aide

La crise grecque n’a pas les mêmes causes que l’espagnole

L’Espagne est un contre-exemple de la Grèce, elle qui continue de négocier avec ses créanciers. Pour Madrid, tout a commencé en 2008, avec l’explosion de la bulle immobilière. Grâce aux fonds européens de développement, mais aussi à une économie mondiale vigoureuse depuis 2001, l’économie espagnole avait connu un boom sans précédent, notamment dans la construction. Mais comme aux Etats-Unis, les promoteurs immobiliers et les banques avaient encouragé la population à acquérir des logements, parfois avec zéro fonds propres et à des taux d’intérêt insignifiants. Même des personnes sans emploi fixe et des étrangers sans papiers avaient été encouragés à devenir propriétaires.

Lorsque la crise des «subprime» a touché le continent européen, le marché de la construction s’est retourné, comme en Irlande. Entre 2007 et 2009, les prix des logements ont chuté de 20 à 25%. Fin mars 2009, l’Espagne comptait 700 000 maisons sur le marché qui ne trouvaient pas preneur. La construction s’est arrêtée net et des milliers de travailleurs se sont retrouvés dans la rue. Plusieurs dizaines de milliers d’entre eux, qui avaient contracté un emprunt bancaire, ne pouvaient plus rembourser. Résultat: les banques se sont retrouvées avec des milliers de logements sur les bras. La Caja Castille-La Mancha, établissement régional de prêts immobiliers, a été la première banque à être secourue en 2009. Mais ce n’était pas la seule. Plusieurs grandes banques ont été fragilisées par des créances pourries. Dans un premier temps, Madrid affirmait pouvoir aider les banques tout seul, mais a dû finalement se résigner à frapper à la porte du Mécanisme européen de stabilité, empruntant un total de 41 milliards d’euros. La monnaie d’échange est connue: des mesures d’économies et des réformes structurelles. Entre-temps, le chômage avait dépassé 23%.

Le programme d’aide s’est arrêté en décembre 2013. Alors qu’elle était encore au fond du trou en 2012 avec un PIB en recul de 2,1% et un déficit frôlant les 10%, plusieurs économistes craignaient que l’Espagne suive la voie de la Grèce. Mais après cinq ans de récession, le pays a renoué avec la croissance – 1,4% en 2014, grâce aux mesures de redressement. Le chômage a aussi commencé une décrue avec 400 000 places de travail créées l’an dernier.

C’est une tout autre histoire pour la Grèce. En début d’année 2015, lorsque le commissaire Pierre Moscovici, chargé des Affaires économiques et monétaires et de la fiscalité, présentait les prévisions conjoncturelles pour la Grèce, Syriza, parti de la gauche radicale, venait de remporter les législatives. Dans l’hypothèse que le nouveau gouvernement allait garder le cap des réformes et respecter ses engagements, il lui prévoyait une croissance du PIB de 2,5% cette année. Le pays avait connu un tournant l’an dernier et avait renoué avec la croissance de 1% après six ans de récession. La Commission avait noté un rebond de la consommation interne et des exportations. Le chômage commençait à fléchir.

Mais le nouveau gouvernement grec, dominé par Syriza, conteste les mesures de redressement dès son arrivée au pouvoir. Il fait ressortir qu’il a mandat de mettre en place une politique économique alternative à celle qui a fait perdre un quart de sa richesse nationale à la Grèce en cinq ans. Selon lui, les deux programmes d’aide ont surtout aidé à augmenter l’endettement du pays de 120% du PIB en 2010 à 175% en 2015. Il réclame aussi des mesures humanitaires pour venir en aide à une partie de la population, qui a été frappée de plein fouet par les mesures d’austérité.

Mais la mise en cause du programme de réformes en cours par le nouveau gouvernement a replongé l’économie grecque dans la récession. Les économistes de la Commission avaient déjà averti que «l’incertitude sur la direction que prendra la politique économique» fragiliserait la reprise.

La crise grecque n’a toutefois pas les mêmes causes qu’en Espagne. Il s’agit d’une économie qui a vécu durant les vingt dernières années largement au-dessus de ses moyens et qui est minée par la corruption. Le clientélisme politique a été une pratique courante. A la veille des élections législatives de 2012, par exemple, le gouvernement conservateur, alors même que les caisses publiques étaient vides, avait engagé des milliers de fonctionnaires dans le but de glaner des suffrages. Les recettes fiscales sont maigres; du médecin privé au garagiste, les professionnels grecs ne s’acquittent pas des impôts. Bref, l’Etat s’était endetté sans fin. Y compris pour s’acheter des armes. De 2005 à 2008, Athènes a augmenté ses emprunts bancaires de 80 à 160 milliards de dollars pour s’équiper en avions de combat, en frégates et en sous-marins. En 2010, lorsque la crise éclate au grand jour, la dette grecque s’élevait à 120% du PIB et le déficit budgétaire était de 13% du PIB.

C’est dans cette situation intenable qu’Athènes a fait appel à l’aide européenne, avec un premier programme d’aide de 110 milliards d’euros en 2010. Il devait permettre au pays de rembourser ses créanciers, des banques et des assurances, dans l’ensemble. Il était placé sous la supervision de la troïka (Fonds monétaire international, Banque centrale européenne et Commission européenne), qui avait imposé une série de mesures d’assainissement: suppression des 13e et 14e mois dans la fonction publique, gel des salaires et des allocations sociales pendant trois ans, hausse de la TVA, taxe sur les résidences illégales, lutte contre la fraude et l’évasion fiscales. Un deuxième programme de 130 milliards a été signé en 2012, accompagné de nouvelles mesures d’éco­nomies. Les deux programmes arrivent à échéance dans une semaine. Les chefs d’Etat et de gouvernement européens qui se réunissent cette semaine devraient ouvrir la voie à un troisième programme.

Selon le parti Syriza,les aides européennes ont surtout aidé à augmenter la dette de la Grèce