Quelques heures avant que les chefs d’Etats européens ne se réunissent à Bruxelles pour un sommet où la Grèce sera le mot-clef – même si celle-ci n’est pas formellement à l’ordre du jour – le Premier ministre Georges Papandréou a rencontré ses homologues socialistes. A l’issue de la rencontre, Poul Nyrup Rasmussen, chef de fil du PS européen, a annoncé vouloir proposer ce soir une modification de la réglementation de l’Union. Afin de permettre aux pays de la zone euro – comprendre, à la Grèce – de bénéficier «de prêts communautaires avantageux et d’éviter les taux élevés liés à la spéculation». Des prêts qui seraient similaires à ceux débloqués par l’Union dans le passé «pour plusieurs pays en dehors de la zone euro, comme la Hongrie, la Lettonie et la Roumanie».

Les taux ont doublé en quatre mois

Cette proposition fait écho à la requête du Premier ministre grec, maintes fois répétée, d’un «soutien politique afin de nous protéger de ceux qui profitent sur notre dos et nous empêchent d’emprunter à des conditions qui nous permettent de respirer».

En clair, permettre au pays d’emprunter à des taux inférieurs aux 6,3% actuellement exigés par les marchés, le double de ceux imposés à l’Allemagne. Sur un emprunt de 5 milliards d’euros sur dix ans – similaire à celui contracté début mars par le pays – Athènes doit ainsi régler environ 210 millions d’euros de charges d’intérêts en plus par an que Berlin. Se tourner vers le FMI lui permettrait de bénéficier de taux inférieurs à 4%. Une différence cruciale alors que le pays se prépare à retourner emprunter sur les marchés, afin de remplacer des prêts de 20 milliards d’euros arrivant à échéance ces deux prochains mois.

Une grève des emprunts de la Grèce?

«Contrairement à la situation de certains pays Est-européens il y a un an, la Grèce n’est absolument pas en situation de défaut de paiement et a tout à fait la possibilité de continuer d’emprunter sur les marchés, certes à un taux plus élevé», rétorque Ciaran O’Hagan, spécialiste de la Société Générale à Paris. S’exprimant sous couvert d’anonymat, en raison du caractère sensible du sujet avant le sommet de ce soir, un de ses homologues londonien, note «qu’il y a quelques semaines encore, la Grèce aurait pu emprunter à des niveaux d’intérêts plus favorables; avant que les propos irresponsables de ses dirigeants ne ruinent tout». Ce dernier suspecte la Grèce de «geler ses emprunts [sur les marchés]» afin de «faire pression sur ses homologues européens».

Le FMI vu comme un simple «palliatif»

Selon Ciaran O’Hagan, ces difficultés rencontrées sur les marchés ne sont pas propres à la Grèce. «Pour tous les États emprunteurs – le Royaume-Uni par exemple – c’est marche ou crève… il n’y aura pas d’alternative: soit mettre en place des programmes d’austérité, soit subir d’autres chocs économiques», poursuit ce dernier. A l’en croire, l’appel au FMI «n’est en rien la panacée». Le Fonds sert avant tout à épauler «des pays bien plus petits et bien plus pauvres». Et s’il devait fournir des financements à la Grèce ne serait «qu’un geste symbolique, un palliatif».