Dans une lettre adressée au président du MES et rendue publique, le ministre a formellement demandé un prêt sur trois ans en s’engageant à «un paquet de réformes et de mesures qui doivent garantir la stabilité des finances publiques et la croissance à long terme».

Quelques heures avant la publication de cette lettre, un porte-parole du MES à Bruxelles avait confirmé à l’AFP avoir reçu cette demande grecque, qui était attendue après un sommet d’urgence mardi soir à Bruxelles. Lors de ce sommet, les dirigeants de la zone euro se sont donné jusqu’à dimanche pour se décider sur un nouveau programme d’aide, sans lequel la Grèce risque de devoir quitter la zone euro. Le MES est un mécanisme d’aide européen, mis en place pour garantir la stabilité de la monnaie unique.

Le ministre grec a proposé «la mise en œuvre immédiate, dès la semaine prochaine, des mesures pour réformer les secteurs d’impôts et des retraites». Il s’est également engagé «à des mesures supplémentaires pour renforcer et moderniser l’économie». Les propositions d’Athènes seront envoyées «jeudi au plus tard» à ses partenaires pour qu’elles soient présentées à la réunion prévue des ministres des Finances de la zone euro (Eurogroupe), assure Euclide Tsakalotos.

Le ministre a exprimé «sa confiance» envers les pays membres de la zone euro en justifiant «l’urgence» de ce prêt demandé au MES par «la situation fragile du système bancaire et le manque de liquidités» en Grèce. Il a assuré que ce prêt serait «utilisé pour honorer les dettes à tous les créanciers» du pays ainsi que pour «la stabilité de l’économie» en réitérant «l’engagement de la Grèce à rester membre de la zone euro» et à «respecter ses règles». «Cette lettre remplace les propositions du 30 juin», soumises par la Grèce à ses partenaires, a conclu le ministre. Le gouvernement avait envoyé le 30 juin des propositions sur un nouveau plan d’aide que les créanciers n’avaient pas voulu discuter avant le déroulement du référendum de dimanche dernier en Grèce. Ces propositions avaient été soumises par le prédécesseur d’Euclide Tsakalotos, le flamboyant Yanis Varoufakis, qui a démissionné lundi.

Alexis Tsipras devant le Parlement

Alexis Tsipras persiste et signe. S’adressant au Parlement européen mercredi matin, il a affirmé qu’un plan de désendettement était indispensable pour remettre son pays sur la voie de la croissance.

«La dette n’est pas seulement un problème grec, il est aussi européen et requiert une solution européenne pour éviter une rupture historique», a-t-il lancé, ajoutant que la grosse partie des crédits accordés par les créanciers depuis 2010 a servi à rembourser les banques européennes. La veille, réunis à Bruxelles, les dirigeants de la zone euro lui avaient pourtant fait comprendre qu’une restructuration de la dette grecque serait à l’agenda cet automne. Et que la priorité maintenant est un troisième plan d’aide, pour éviter que la Grèce ne prenne la porte de sortie de la zone euro.

Apparemment, le premier ministre grec prend ce risque au sérieux et a promis de répondre aux exigences des créanciers pour trouver un accord. Il s’est dit confiant dans sa capacité à présenter un programme de réformes avant jeudi soir. L’Eurogroupe et les créanciers (Fonds monétaire international, Banque centrale européenne, Commission) pourront ensuite en faire une évaluation, avant de la soumettre aux chefs d’Etat et de gouvernement qui se réuniront de nouveau dimanche prochain à Bruxelles.

Conscient aussi que la crise grecque et les multiples réunions sans résultats commencent à énerver de nombreux dirigeants européens, Alexis Tsipras a fait un plaidoyer pour l’unité de l’Europe. L’enjeu n’est pas seulement économique, a poursuivi le chef du gouvernement grec. Il est aussi politique. «Cette crise met en exergue l’incapacité collective de la zone euro à faire face au problème de la dette», a-t-il dit. Il a rappelé que la Grèce n’est pas le seul pays qui est étouffé par un endettement trop lourd.

«Je prends la responsabilité de tout ce qui s’est passé en Grèce durant les cinq derniers mois, a poursuivi le chef de Syriza, parti de la gauche radicale qui est arrivé au pouvoir fin janvier 2015. Notre programme se concentre sur les vraies réformes pour lutter contre le clientélisme, la corruption, l’évasion et la fraude fiscale qui étaient des pratiques courantes durant les vingt dernières années.»

Alexis Tsipras a ajouté qu’il comptait sur l’aide européenne pour mettre de l’ordre dans l’économie grecque. Il n’a pas manqué de critiquer les mesures d’austérité imposées par les créanciers qui ont appauvri le pays. «Ma patrie a été un laboratoire pour l’austérité, et l’expérience n’a pas réussi», a-t-il dit.

Enfin, le premier ministre grec a insisté sur le fait que son mandat de chef de gouvernement a été renforcé par le résultat du référendum de dimanche et qu’il n’avait aucune intention de conduire la Grèce hors de la zone euro.

Présent au Parlement, le président du Conseil européen Donald Tusk a rappelé que la zone euro avait fixé mardi un ultimatum jusqu’à la fin de la semaine à Athènes pour présenter un programme crédible d’économies et réformes, sous peine sinon d’enclencher le scénario du pire.