Il est 22 h 15, mercredi soir, au Centre des congrès de Cannes mobilisé pour le G20. Un twitt de la présidence française annonce une déclaration commune d’Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy dans les prochaines minutes. La chancelière allemande et le président de la République sont réunis pour un mini-sommet de crise à la veille de l’ouverture du sommet, dont l’agenda a été bouleversé par l’annonce surprise lundi soir d’un référendum en Grèce. Face au «sérieux» de la situation, les deux dirigeants ont convoqué le premier ministre grec pour qu’il s’explique. La «réunion de travail» dure maintenant depuis près d’une heure et demie. Avant l’arrivée de Georges Papandréou, la France, l’Allemagne, les dirigeants de l’Union européenne et la directrice du FMI, Christine Lagarde, s’étaient déjà entretenus pendant une heure et demie.

Plus de 300 journalistes du monde entiers attendront encore une heure avant l’arrivée des deux dirigeants européens. A 23 h 20, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy font leur entrée, la mine grave, dans un silence de plomb, pour annoncer «leur position commune.» «Nous voulons une réponse européenne coordonnée, ferme et définitive, qui passe par l’application des décisions adoptées le 27 octobre à Bruxelles, à l’unanimité des 17 pays de la zone euro», déclare Nicolas Sarkozy en pesant chaque mot. «Nous sommes prêts à aider la Grèce, mais la Grèce de son côté doit remplir ses engagements», assène le chef de l’Etat. «La sixième tranche d’aide ne sera déboursée que si la Grèce accepte toutes les décisions prises le 27 octobre», avertit la chancelière.

La France et l’Allemagne ont pressé la Grèce d’avancer la date du référendum. «Il est clair que le principe d’en appeler au peuple est légitime, mais il est clair aussi qu’il n’est pas possible de rester dans l’incertitude prolongée», lance Nicolas Sarkozy. La date du dimanche 4 décembre est désormais envisagée, elle a été confirmée par Georges Papandréou. Le couple franco-allemand estime que la question posée au peuple grec doit porter sur «l’avenir européen» du pays. «La Grèce veut-elle rester dans la zone euro? Nous le souhaitons, mais c’est au peuple grec de répondre et c’est sur cette question qu’il devrait se prononcer en cas de référendum», estime le président français.

La position des deux dirigeants européens tranche avec les propos tenus jusqu’ici. Dans une lettre commune du 6 mai 2010, quelques jours avant le premier sauvetage de la Grèce, ils se disaient «pleinement attachés à préserver la solidité, la stabilité et l’unité de la zone euro». Nicolas Sarkozy et Angela Merkel n’ont cessé de le répéter depuis lors. Il y a une semaine encore, à l’occasion de son intervention télévisée, Nicolas Sarkozy parlait du plan de secours du 27 octobre au superlatif et évoquait la «famille» européenne: «Si la Grèce était en faillite, un processus en cascade emporterait tout le monde.»

Mais hier soir, le ton a changé, le volet de l’unité s’est fait beaucoup moins impératif. «Nous avons une obligation, l’euro doit rester stable. Nous souhaitons le maintien de la Grèce dans la zone euro, mais notre mission première consiste à assurer sa stabilité», répète Angela Merkel, à plusieurs reprises. Nicolas Sarkozy renchérit: «Nous ne voulons pas laisser détruire l’euro, nous ne voulons pas laisser détruire l’Europe. Nous souhaitons poursuivre avec nos amis grecs, mais c’est maintenant à eux de décider.»

Les deux dirigeants ont également annoncé une «mise en œuvre accélérée» du plan de sauvetage. «Nous allons élaborer rapidement ce pare-feu», précise Angela Merkel. Les ministres des finances français et allemand se réuniront dès aujourd’hui avec Olli Rehn, le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, pour mettre en place le fonds européen évoqué au sommet du 27 octobre.

Ce jeudi matin, Paris et Berlin exposeront leur position aux autres membres européens du G20.