La Grèce est parvenue à éviter une faillite incontrôlée en recueillant vendredi l’assentiment d’une majorité de ses créanciers privés pour la restructuration de son énorme dette souveraine.

L’offre d’échange de dette lancée le 24 février a recueilli près de 84% d’acceptation de l’ensemble des créanciers privés, dont 85,8% des seuls détenteurs d’obligations de droit grec, dans le cadre de la restructuration d’une dette souveraine grecque de plus de 350 milliards d’euros, selon les chiffres du gouvernement. (Ici, les chiffres clés de la restructuration de la dette.)

«Les détenteurs d’approximativement 172 milliards d’euros d’obligations de droit grec» ont accepté la proposition faite par la république hellène d’échanger leurs titres de dette contre d’autres titres à la valeur faciale inférieure de plus de moitié, indique le communiqué.

Sur la partie des titres de droit étranger, la participation n’atteint que 69%.

Le taux d’adhésion global est supérieur au seuil minimum défini par la Grèce pour procéder à l’échange, soit 75%, et le pays évite ainsi un défaut incontrôlé.

Recours aux CAC…

Ce taux est toutefois insuffisant par rapport à l’objectif de 90% que s’était fixé le gouvernement, ce qui explique qu’il ait recommandé vendredi l’activation des clauses d’action collective (CAC) attachées aux obligations qui doivent être échangées.

Celles-ci imposent aux porteurs rétifs les termes de l’échange acceptés par une large majorité d’entre eux et devraient porter au final le taux d’acceptation à 95,7%, a indiqué le communiqué du Ministère des finances.

La décision d’activation des CAC devrait être examinée en commun par Athènes avec ses partenaires de la zone euro lors d’une téléconférence prévue vendredi à 13h00 GMT. Le ministre des Finances, Evangélos Vénizélos, doit auparavant tenir une conférence de presse à 11h00 GMT.

… déclenchant les CDS

Le principal inconvénient d’un recours aux clauses CAC serait le déclenchement vraisemblable des CDS (credit default swaps), les contrats de couverture contre le risque de défaut, dont le montant net atteignait 3,2 milliards de dollars fin février.

Dans le communiqué du ministère, Evangélos Vénizélos a d’ores et déjà salué les résultats de l’offre: «Je souhaite exprimer ma gratitude à tous nos créanciers qui ont soutenu notre ambitieux programme de réforme et d’ajustement et qui ont partagé les sacrifices du peuple dans son effort historique.»

Il a assuré que la Grèce allait «continuer à mettre en œuvre les mesures nécessaires pour finaliser les ajustements fiscaux et les réformes structurelles auxquels elle s’est engagée».

L’IFF salue le taux d’adhésion

«Le taux de participation de 83,5% prouve le bien-fondé de l’accord trouvé entre le comité de pilotage [ndlr: de l’IFF], les autorités grecques et la zone euro sur les termes et conditions de l’échange volontaire de dette», négocié durant de nombreux mois, a réagi l’Institut de la finance internationale (IFF) dans un communiqué.

Le patron de l’IFF Charles Dallara, qui représente les principales banques de la planète, s’est félicité du fort taux d’adhésion des créanciers privés à l’opération qui, a-t-il rappelé, constitue «la plus importante restructuration de dette jamais entreprise». Elle va «permettre d’appuyer les efforts de réforme de la Grèce» et «d’éviter les risques de contagion des marchés».

L’échange concret des titres doit avoir lieu lundi 12 mars pour les obligations de droit grec, mais un délai jusqu’au 23 mars à 08h00 GMT a été accordé aux détenteurs de titres de droit international pour présenter leur réponse à la proposition.

Ce délai signifie que le taux de participation finale pourrait encore augmenter. Il n’autorise pas ceux qui ont déjà adhéré à l’offre à revenir sur leur décision.

«Il manque 7 milliards»

Les détenteurs d’obligations grecques qui n’ont pas accepté l’offre d’échange de dette proposée par la Grèce représentent 7 milliards d’euros, a indiqué vendredi le ministre des Finances Evangélos Vénizélos, appelant les réfractaires à rallier le mouvement.

A l’issue de l’appel d’offre lancé par la Grèce et qui a expiré jeudi à 20h00, «la participation a atteint 95,7%, soit 197 milliards d’euros sur un total de 206 milliards [d’obligations éligibles] […], il manque en réalité 7 milliards d’euros» pour atteindre l’objectif qui doit permettre d’effacer 107 milliards d’euros de la dette souveraine, a déclaré le ministre.

La Grèce «va proposer à l’Eurogroupe» qui se réunit vendredi de prolonger le délai pour les réfractaires jusqu’au 23 mars, a-t-il indiqué, appelant ces derniers à accepter l’offre d’échange d’obligations faite par le pays.

Dans le cas contraire, il les a menacés de s’exposer à des pertes plus élevées que celles déjà très importantes prévues par le plan de restructuration de dette (aux alentours de 74% de pertes pour les créanciers privés détenteurs d’obligations grecques).

«Nous savons protéger nos intérêts et ceux de la zone euro […], certains peuvent croire» qu’ils pourront réussir à être totalement remboursés, «mais c’est une pensée naïve», a-t-il ajouté.