Greenpeace a le sens des mises en scène spectaculaires. Elle l'a une nouvelle fois démontré lundi matin dans l'enceinte de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) à Genève. Des militants déguisés en «Oncle Sam» ont passé des camisoles de force à des «consommateurs» et leur ont fait «avaler» du maïs transgénique à l'aide de grandes louches. En même temps, l'enseigne de l'OMC a été remplacée par une autre portant l'inscription «World Transgenic Order» (Ordre transgénique mondial). Bien préparée, discrète jusqu'au bout, cette opération a démarré si vite que le service de sécurité de l'OMC a été pris de court. Après quelques minutes seulement, il n'a pu que constater la tonne de maïs éparpillée au sol, gênant fonctionnaires et diplomates qui gagnaient le bâtiment principal. Lorsque la police genevoise est enfin arrivée sur place, les manifestants avaient déjà décidé d'évacuer les lieux.

«Cette action se situe dans le cadre du conflit qui oppose les Etats-Unis et l'Union européenne sur les organismes génétiquement modifiés (OGM)», a expliqué Clément Tolusso, porte-parole de Greenpeace Suisse. Washington a en effet déposé une plainte le 13 mai dernier devant l'Organe de règlement des différends de l'OMC contre le moratoire européen sur l'importation des produits transgéniques. «Cette plainte est une tentative honteuse pour forcer les Européens à accepter les OGM», dénonce le porte-parole écologiste. La plainte américaine est soutenue par le Canada et l'Argentine. Ensemble, ce trio cultive plus de 90% des plantes transgéniques sur la planète. «En déposant cette plainte, Washington veut avant tout défendre les intérêts des multinationales telles que Monsanto, leader mondial des OGM», ajoute-t-il.

Pour Greenpeace, l'action américaine devant l'OMC vise aussi à miner le Protocole de Carthagène sur la biosécurité, partie intégrante de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique. Il s'agit de l'unique instrument qui réaffirme le droit souverain des Etats de rejeter les OGM ou les autres produits de consommation sur la base du principe de précaution.

Ratification en septembre

Après la 50e ratification le 13 juin, le protocole entrera en vigueur le 11 septembre prochain. A ce sujet, Greenpeace demande à tous les pays, et à l'Union européenne en particulier, de s'opposer à la volonté américaine, qui veut que la question de la biosécurité fasse l'objet des discussions non pas à l'OMC mais au sein d'autres instances onusiennes. L'organisation lance un appel aux agriculteurs, aux consommateurs et aux amis de la nature de rejeter l'offensive américaine sur les OGM. Elle dénonce aussi la pression de Washington sur les pays du Sud afin qu'ils acceptent de l'aide alimentaire contenant des produits transgéniques. Greenpeace donne l'exemple de la Bolivie. Une résolution gouvernementale interdisant tout produit alimentaire dérivé des manipulations génétiques fut introduite en janvier 2001, puis abrogée quelques mois plus tard sous la charge des Etats-Unis. La Thaïlande, la Corée du Sud et le Sri Lanka auraient également fait l'objet de pressions.

Alors que Greenpeace faisait sa démonstration de force à Genève, un rapport scientifique sur les OGM, commandité par le gouvernement britannique, a été rendu public lundi à Londres. En substance, il minimise les risques sur la santé humaine même s'il souligne que les plantes et les aliments transgéniques n'ont pas été suffisamment testés pour être considérés définitivement sans danger. Par ailleurs, il juge peu probable que la dissémination des OGM dans la nature puisse donner lieu à la naissance de «superplantes» inconnues. Greenpeace critique ce rapport nuancé et accuse Londres de n'avoir nommé que des proches de l'industrie agroalimentaire au sein du groupe d'experts chargés de l'étude.