Precious Woods s'est-il fourvoyé en prenant pied en Afrique? Après beaucoup d'hésitations, l'entreprise zurichoise spécialisée dans l'exploitation durable des forêts tropicales a pris deux participations, l'une majoritaire dans un forestier au Gabon, l'autre d'environ 10% dans NST, une société active au Congo. Une montée dans le capital jusqu'à atteindre la majorité de cette entité domiciliée chez une fiduciaire au Liechtenstein est envisagée.

La semaine passée, NST, un groupe apparemment contrôlé par des Portugais, a été mis en cause dans un rapport de l'organisation écologiste Greenpeace dénonçant le «pillage des forêts au Congo». NST est accusé d'avoir agrandi illégalement ses concessions et de corrompre les populations locales. A l'opposé, dans son rapport annuel, Precious Woods décrit NST comme un groupe «employant plus de 4000 personnes dans le développement d'une exploitation forestière responsable aux plans économique et social». Embarrassé, Andreas Heusler, directeur général de Precious Woods, répond que sa société avait le devoir de prendre pied en Afrique, où l'exploitation responsable des forêts reste quasi inexistante. «Au Gabon, notre filiale deviendra FSC avant 24 mois. Ce sera un exemple à faire valoir au Congo», explique cet ancien cadre de Holcim en Amérique latine.

Le label FSC (Forest Stewardship Council) promu par le WWF (World Wide Fund for Nature) certifie le bois produit dans le respect de la forêt et de normes sociales. 71% de l'activité de Precious Woods répondait à ces critères en 2006.

Precious Woods ne paraît pas encore décidé à exercer son option d'acheter plus d'actions NST. «Notre participation actuelle nous donne la possibilité de mieux évaluer cette société et le marché», commente Andreas Heusler.

La raison d'être de Precious Woods est de prouver que ses méthodes plus douces et plus coûteuses sont rentables, même à relativement court terme. «Le label FSC nous permet de vendre plus cher. D'autre part, nous touchons des crédits pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre», affirme Theodor Scheidegger, le directeur financier, qui a présenté les chiffres annuels jeudi.

Bénéfice de 5,3 millions

Après une perte de 7,4 millions de dollars en 2005, la société affiche un bénéfice net de 5,3 millions de dollars. Le chiffre d'affaires a triplé à 43,1 millions de dollars après l'intégration d'une filiale chargée de la commercialisation de bois FSC en Europe. «Cette année, le chiffre d'affaires et le bénéfice devraient progresser de 75% environ grâce à la consolidation de l'activité au Gabon», précise Theodor Scheidegger. L'action a gagné 3,7% à 111 francs. Son appréciation de 86% depuis son introduction en 2002 est nettement en dessous de celle de l'indice SPI de la bourse suisse.