Du solaire, du solaire et surtout du solaire. C’est la solution prônée par Greenpeace dans un rapport publié mardi sur la transition énergétique en Suisse et les chemins qu’elle doit prendre. L’ONG estime que le pays n’a pas besoin d’usines à gaz, d’énergie fossile ou nucléaire pour assurer son approvisionnement énergétique, réduire les risques de pénuries et endiguer le réchauffement climatique: le photovoltaïque, assorti aux barrages déjà largement déployés, peut faire l’affaire. Le rapport suscite des réactions contrastées dans la communauté scientifique.

La révision des lois sur l’énergie et sur l’approvisionnement électrique, discutée à Berne ces prochains jours, doit dès lors lancer la Suisse «dans un sprint solaire», selon Georg Klingler, spécialiste énergie chez Greenpeace. Selon lui, l’objectif d’extension de la production d’électricité renouvelable, hors hydraulique, doit passer de 17 TWh/an, comme proposé actuellement par le Conseil fédéral, à 38 TWh/an d’ici à 2035.

Combler le déficit hivernal

Greenpeace indique que le photovoltaïque doit in fine contribuer plus à l’approvisionnement électrique que l’hydraulique. L’électricité produite en Suisse en 2020 est issue à 58% des barrages, à 33% du nucléaire, à 6,7% des nouvelles énergies renouvelables et à 2,3% des énergies fossiles, selon l’Office fédéral de l’énergie.

Le pays peut baisser d’ici à 2035 de 90% ses émissions de CO2 par rapport à 1990 sans menacer la biodiversité. En extrayant hors de l’atmosphère le carbone des émissions restantes, elle peut être neutre en la matière en 2035, selon Greenpeace. Le photovoltaïque doit combler le déficit électrique l’hiver (quand la production est moindre) et engendrer l’été «des excédents de production massifs» qui doivent servir à notamment produire de l’hydrogène pour stocker l’énergie.

Lire aussi: Des PME précarisées par le prix de l’énergie

«Le scénario de Greenpeace me paraît réaliste», indique le professeur de l’EPFL François Maréchal. «Les technologies existent pour utiliser de manière rationnelle et stocker cette énergie, par le biais des barrages, de la biomasse, de l’hydrogène ou de batteries, pour une utilisation en hiver.» L’expert doute par contre des conclusions de l’ONG sur le captage du CO2 atmosphérique, car si la technologie existe, rien n’indique qu’elle va se déployer en Suisse.

«Greenpeace propose de massivement construire des centrales solaires pour atteindre 38 000 GWh par an en 2035. On en était à 2700 GWh en 2020. Pour atteindre cet objectif, pendant 15 ans il faudrait chaque année installer 20% de panneaux de plus que l’année précédente. De plus, à l'horizon 2035, la puissance de pointe des installations photovoltaïques proposées par Greenpeace serait de 36 GW. La consommation électrique de pointe en Suisse est de l'ordre de 10 GW soit moins du tiers. Ses propositions me paraissent donc être totalement irréalistes or mettre en avant des propositions irréalistes ne sert pas la cause des énergies renouvelables», estime par contre le professeur honoraire de l'EPFL Teddy Püttgen.

Lire aussi: Emissions records pour l'électricité en 2021

«Greenpeace propose des visions similaires pour les pays qui nous entourent avec pour résultat des pointes de surproductions similaires posant ainsi le problème au niveau européen, ce qui de nouveau met la Suisse en difficulté», ajoute-t-il. 

«On ne déploie de loin pas assez de panneaux en Suisse. Il faut forcer les gens à en installer, comme les Autrichiens rendent le vaccin obligatoire. C’est d’autant plus envisageable que dans 90% des cas le solaire est rentable», estime Stéphane Genoud, professeur de management de l’énergie à la HES-SO Valais. «Greenpeace fait aussi fi de la grave pénurie de main-d’œuvre dans l’installation de panneaux solaires», dit-il, alors qu’il manquerait 300 000 travailleurs qualifiés pour améliorer l’efficience énergétique des biens immobiliers. La Confédération a lancé en janvier une campagne visant à stimuler la formation dans ce secteur.

Les atouts du couplage chaleur-force

«Convertir les surplus d’électricité en hydrogène pourrait être possible à condition qu’on déploie massivement des énergies renouvelables et qu’on diminue drastiquement notre consommation, estime Stéphane Genoud. Les installations de couplage chaleur-force peuvent aussi être efficaces, en substituant les productions de chaleur des chaudières à gaz par de la production de chaleur et d’électricité, même si c’est avec du gaz naturel. Surtout si à terme elles carburent au biogaz ou au gaz issus des énergies renouvelables.»

La Suisse doit investir 105 milliards de francs supplémentaires d’ici à 2050 dans sa transition énergétique, de quoi créer 30 000 emplois, selon Greenpeace.