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Grégoire Bordier: «Je ne me sens pas comme le dernier des Mohicans»

Alors que Mirabaud renonce à son statut de banquier privé, Bordier y tient. Son associé senior continue d’y voir un argument pour les clients

Après la surprise de Pictet et de Lombard Odier en février, c’était au tour de Mirabaud d’annoncer lundi sa décision de renoncer à son statut de banquier privé indéfiniment responsable. Sur la place genevoise, Bordier est désormais l’établissement le plus important parmi les banquiers privés restants, avec 10,2 milliards de francs sous gestion et 217 employés à fin 2012. Et la banque reste convaincue que cette forme juridique est celle qui lui convient le mieux. Entretien avec son associé senior, Grégoire Bordier.

Le Temps: Mirabaud renonce à son statut de banquier privé. Restez-vous partisans du statu quo?

Grégoire Bordier: Oui. Nous sommes convaincus que ce modèle est adapté à notre taille et à notre situation. Cela peut notamment s’expliquer par le fait que nous sommes plus petits que Mirabaud, Lombard Odier et Pictet. Mais c’est une question de modèle d’affaires, pas seulement de taille. Nous sommes très liés à la gestion de fortune, tout un pan d’activités – et les risques associés – ne nous concerne pas.

Cela dit, depuis l’annonce de ces deux dernières maisons en février, tout établissement bancaire de ce type a été amené à se poser des questions et à se demander si son modèle d’affaires devait évoluer. Nous n’avons pas fait exception et nous sommes arrivés à la conclusion qu’un changement de structure juridique n’était pas d’actualité.

– Ce statut fait-il encore une différence auprès des clients?

– Oui. La responsabilité illimitée est reconnue par le client et elle peut influencer sa décision. Il y a eu beaucoup d’annonces et de changements sur le marché suisse et genevois dans un contexte lui-même en pleine évolution. Mais on verra que le statut de banquier privé a toujours de l’importance.

– Avez-vous été surpris de la décision de Mirabaud? Avez-vous l’impression d’être le dernier des Mohicans dans la place financière genevoise?

– Je n’ai pas été surpris. C’est leur décision et il faut la respecter. Et non, je ne me sens pas comme le dernier des Mohicans. La place est en pleine transformation. Il est normal que des changements rapides s’opèrent.

– Dans le contexte actuel, avec des risques qui ne sont plus seulement opérationnels, être indéfiniment responsable n’est-il pas trop dangereux?

– Nous observons les risques avec beaucoup d’attention au niveau opérationnel et politique. Ce dernier est, il est vrai, plus imprévisible. Mais nous pensons qu’il est actuellement maîtrisable. Quand on réfléchit au risque d’un établissement bancaire, il faut aussi prendre en considération le client, pas seulement l’intérêt de la banque.

«Nous sommes arrivés à la conclusion qu’un changement de structure juridique n’était pas d’actualité»

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