PORTRAIT

Gregory Logan, le «Sunny Boy» des patrons

Le jeune homme a cofondé la start-up The Shared Brain, qui réunit régulièrement des entrepreneurs pour des séances de remue-méninges. Le concept s’exporte désormais dans plusieurs villes d’Europe

«Je ne suis pas mon homonyme UDC», prévient tout de suite Gregory Logan, à peine installé dans un bar lausannois, à la place du Flon. Bises et tutoiement d’entrée de jeu, le jeune homme de seulement 25 ans a déjà quatre start-up à son actif. «Sans la barbe, on me donne facilement 18 ans.»

Chemise impeccablement repassée, Apple Watch au poignet, smartphone déposé sur un chargeur, seul son café semble désuet. Ce digne représentant des millennials a créé en juin 2016, avec Hichame Metatla, la société The Shared Brain – littéralement «le cerveau partagé» – qui réunit régulièrement des entrepreneurs pour des séances de remue-méninges, le soir entre 18h et 21h. Après avoir démarré à Lausanne, ces réunions de groupe essaiment un peu partout. Désormais, Gregory Logan a exporté son concept dans plusieurs villes en Suisse et en Europe.

Une formule qui marche

«Nous voulons tisser une toile d’araignée très rapidement. C’est juste magique, l’ampleur que ça prend. Nous avons des contacts partout», dit dans un débit de parole rapide et presque ininterrompu celui qui est parvenu à «ubériser» le conseil aux entreprises.

A chaque fois, la même formule: bières, cravate prohibée, tutoiement obligatoire et cartes de visite distribuées uniquement en fin de soirée. Plus de 200 événements ont déjà eu lieu, essentiellement dans des espaces de coworking. Des entreprises sélectionnées annoncent leur problématique. Les participants, appelés les «cerveaux», les écoutent et proposent leurs solutions. Le coût est modique: 9 francs pour les cerveaux et 40 francs pour les entreprises. Destiné à la base aux créateurs de start-up, le réseau a lancé des sessions privées pour les PME ainsi que du speed consulting à 1 franc la minute, des week-ends de création de projet ou des ateliers thématiques.

Visibilité sur LinkedIn

«Nous fonctionnons grâce au bouche-à-oreille», explique Gregory Logan. Toutefois, c’est surtout sur les réseaux sociaux qu’il a façonné son image, particulièrement sur LinkedIn. «J’ai réussi à créer une marque. Chaque jour, je diffuse un message qui motive mes 20 000 abonnés. L’un de mes posts a été vu par 2,5 millions de personnes et obtenu 12 000 «likes». Depuis, je ne cesse d’alimenter mes followers. Ce que j’aime, c’est transmettre de l’énergie et aider les gens», estime celui qui dit être connecté 24 heures sur 24 mais se laisse tout de même quelques heures pour dormir ou faire du sport.

Cette énergie, il l’a toujours eue. «Je faisais 4,3 kilos à la naissance. J’étais le plus gros bébé de la Clinique Cecil à Lausanne», évoque, très sérieusement, celui qu’on appelait «Sunny Boy». Aîné d’une fratrie de cinq frères et sœurs – dont un petit frère de 9 ans qu’il estime être sa copie conforme –, Gregory Logan était considéré comme une véritable boule de feu, canalisée par sa mère enseignante à Epalinges. «Mon père est aussi un acharné et un hyperactif. Colonel et pilote de chasse à l’armée, il dirige désormais les Jeux olympiques de la jeunesse 2020», précise-t-il.

Natation et armée

Pour défouler le jeune garçon, le sport devient indispensable. C’est dans la natation qu’il trouvera son salut. Il s’entraînera jusqu’à douze fois par semaine et décrochera le titre de vice-champion suisse dans sa catégorie. «Quand quelque chose me passionne, je me donne toujours à 300%. Mes parents m’ont appris à faire les choses à fond et avec conviction tout en respectant les autres.» Pourtant, à 19 ans, après dix ans de natation, il arrête tout, n’arrivant plus à étudier et à enchaîner en parallèle les entraînements. «En six ans, je n’ai remis les pieds qu’une seule fois dans une piscine.»

L’armée devient alors son nouvel amour. Il ambitionne d’intégrer la Légion étrangère et effectue son école de recrues comme grenadier de char à Isone. Mais ce nouveau rêve s’écroule lorsqu’il se blesse. Il est déclaré inapte. Les mathématiques à HEC le rebutent et les cours de la Haute Ecole d’ingénierie et de gestion (HEIG-VD) l’endorment. Pour le faire vibrer à nouveau, il crée une première start-up qui propose des cours d’appui aux étudiants. «Je n’avais aucun inscrit mais j’ai annoncé qu’il ne restait plus qu’une seule place. Du coup, ça a cartonné», se rappelle-t-il. Puis il fonde une plateforme, uJobit, qui permet aux étudiants d’offrir des services de jardinage ou des cours d’appui à domicile.

«Je dois prouver que j’ai fait le bon choix»

Le monde de l’entrepreneuriat le met de nouveau en ébullition. Pour s’y consacrer pleinement, il décide d’arrêter sa formation à la HEIG-VD. «J’ai fait mon premier pitch devant mes parents avec une présentation PowerPoint pour leur expliquer pourquoi je devais arrêter mes études. Il m’a fallu 45 minutes pour les convaincre. Mais je ne suis pas sûr d’avoir réussi. Ma mère en avait les larmes aux yeux. C’est vrai que je n’ai aucune formation… Je comprends leur réaction.»

Il arrête ses études mais lit «50 livres de management et de marketing», se documente et crée une marque de bracelets de luxe avec un bijoutier. Puis, The Shared Brain voit le jour. «Aujourd’hui, mes parents me disent bravo, car j’arrive à gagner ma vie grâce à ma société. Je n’ai pas le choix. Je dois prouver que j’ai fait le bon choix.»


Profil 

1992: naissance à Lausanne, un 29 février.

2007: entrée dans le top 10 suisse au 100 m dos (natation).

2011: rencontre sa dulcinée.

2014: décision de quitter les études pour lancer sa start-up.

2017: The Shared Brain se lance dans 20 villes d’Europe.

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