La vente d'appareils photographiques numériques est en plein boom. Et bien sûr, tout ce qui concerne cette nouvelle technologie digitale – le traitement de l'image, papier, impression et support (Internet, floppy, CD-Rom), etc. – suit la même croissance. Même en vacances, Peter Fitzgerald, le grand patron de Gretag Imaging, principal producteur de mini-laboratoires, n'a pas hésité à donner, aux analystes financiers et aux journalistes, les détails de l'accord signé avec le japonais Seiko Epson. Sur un fond sonore de cris de goélands, il a expliqué depuis son bateau qu'il attendait de cette coopération qu'elle génère, d'ici à 2005, environ 1 milliard de francs suisses. L'objectif de cette coopération est la commercialisation de mini-laboratoires de développement pour la photo numérique, mis au point par Gretag Imaging avec la technologie – papier, impression à jet d'encre – d'Epson.

Le potentiel de ce marché est énorme. Les fabricants de films classiques ne s'y trompent pas. Kodak a ainsi conclu en février une coentreprise avec Hewlett-Packard pour se lancer aussi dans la bataille du digital. Certains parlent d'une autre collaboration prévue entre Xerox et Fudji. «Le mouvement de la photo numérique est inéluctable, même s'il est encore marginal, parce qu'il coûte encore relativement cher, confirme Arnaud Girardin, analyste chez Lombard Odier. Mais sur ce marché, il y a un fort potentiel de croissance.» Gretag Imaging avance qu'aux Etats-Unis, la croissance – partie de zéro – est de 100% par an, tandis qu'en Europe elle se situe autour de 30 à 50% dans la vente d'appareils photo numériques.

Gretag Imaging, dont le siège est à Regensdorf (ZH), va écouler ces machines de pointe dans deux types de réseau. Selon Thomas Harder, chef de la communication, ce sont d'abord les petits magasins qui possèdent déjà un mini-laboratoire classique qui l'achèteront, pour offrir un service numérique à leurs clients, ou encore les grandes entreprises de développement, comme la société vaudoise Fotolabo. Ensuite, il espère convaincre les magasins qui vendent des appareils électroniques, ainsi que des appareils numériques, d'acheter ce mini-laboratoire. Les enseignes telles que MediaMarkt, Fust ou encore Migros sont des cibles potentielles. «Certains distributeurs sont en train de plancher sur leur site Internet pour offrir un service de traitement d'images numériques», précise encore Thomas Harder. Du côté de Migros, Maja Amrein, porte-parole du géant orange, confirme: «Nous avons en effet un projet en cours. Mais je ne peux rien dire de plus pour le moment.» Il existe déjà des solutions Internet, telles qu'Altiplano.com de Fotolabo. Sur ce site, il est possible d'envoyer ses photos numériques à développer sur papier puis de les recevoir par la poste.

Négatifs scannés

Les appareils photo désormais classiques vont-ils entrer dans l'histoire? «Est-ce que d'ici 10 à 15 ans, tout sera numérique? C'est la grande question, assure Thomas Harder. Mais notre mini-laboratoire est conçu pour être capable de numériser des négatifs après avoir été scannés.» Leur commercialisation devrait commencer dès l'an prochain. Le prix d'un mini-labo numérique se situe autour de 45 000 francs pièce. La coopération entre Gretag Imaging et Epson se limite à ce type d'équipement. «Nous n'avons pas conclu de coentreprise, cela aurait pris trop de temps et coûté trop cher», a expliqué Peter Fitzgerald. Les deux entreprises, sans qu'elles ne dévoilent les pourcentages, se verseront des royalties pour chaque vente croisée. Peut-on craindre un rachat de Gretag Imaging par Epson? «Les deux sociétés font des métiers différents, explique Arnaud Girardin. Epson devrait en outre payer une telle prime pour acquérir Gretag que cela semble peu probable.» L'action a terminé en hausse de plus de 10%.