Après avoir révisé de multiples fois à la baisse son bénéfice, Gretag Imaging, société active dans l'imagerie et la photographie, a annoncé jeudi s'attendre finalement à des pertes pour l'exercice 2000. Pour expliquer cette mauvaise nouvelle, la société zurichoise met en exergue d'importantes difficultés techniques rencontrées dans sa division de fabrication de minilaboratoires photo. Suite à des promesses risquées de services de garantie et de pièces de rechange tenues par son ancien directeur Peter Fitzgerald, la société s'est vue contrainte de rappeler une partie de sa production, soit 8000 minilaboratoires. Quand on sait que le chiffre d'affaires de l'entreprise devrait atteindre un total de 901 millions de francs pour l'an 2000, et que 710 millions concernent cette division, dont 500 millions pour le seul client Qualex (filiale de Kodak), on mesure mieux la «forte exposition» de Gretag Imaging, relève Arnaud Girardin, analyste auprès de Lombard Odier & Cie. Face aux problèmes techniques rencontrés, la société filiale de Kodak s'est refusée à régler certaines factures. Bien qu'un accord soit sur le point d'aboutir, Gretag Imaging doit dans l'intervalle faire face à de sérieux problèmes de liquidités.

Appelée à agir devant ces soucis financiers, l'entreprise a annoncé devoir se séparer d'une partie de son personnel. Une mesure expliquée par un carnet de commandes en baisse, comme l'indiquait le Tages-Anzeiger en début de semaine, au vu des problèmes rencontrés avec Qualex. Les licenciements concernent plus de 200 personnes, soit près d'un dixième des 2600 collaborateurs employés à travers le monde. Au siège zurichois de Regensdorf, 50 des 500 collaborateurs seront touchés par cette mesure. Les coûts de restructuration seront imputés au bilan 2000.

Après avoir dégringolé de près de 27% mercredi, le titre Gretag Imaging reste sous pression. A la Bourse suisse, jeudi, l'action a clôturé en baisse de 9,1% à 80 francs, soit son plus bas sur les douze derniers mois. Une chute vertigineuse pour une action qui s'échangeait encore à 397 francs au mois d'août passé. Cette réaction s'explique à la fois par la déception et l'inquiétude des investisseurs à l'égard de l'entreprise.

La déception, tout d'abord, vient des promesses non tenues de la société à l'égard du marché. En novembre dernier, Gretag avait déjà divisé par deux ses prévisions de gains. A la mi-janvier, une nouvelle annonce prévenait d'un bénéfice pouvant être inférieur à la fourchette de 45 à 55 millions précédemment avancée. Enfin, jeudi le résultat a tout simplement viré au rouge. Au-delà de ces considérations chiffrées, les problèmes de communication du management de Gretag Imaging ne permettent pas de quantifier pleinement les difficultés opérationnelles, explique Arnaud Girardin.

L'inquiétude ensuite s'explique par la forte dépendance envers un seul client situé de surcroît aux Etats-Unis. Les perspectives de ralentissement de l'économie outre-Atlantique se présentent à cet égard comme un souci supplémentaire.

Ces mauvaises nouvelles ne remettent pas en cause un produit (minilaboratoire photo) que l'analyste de Lombard Odier & Cie considère «de qualité». Ce dernier estime qu'il faut «donner du temps au nouveau management, lui permettre de travailler». Après le retrait de Peter Fitzgerald, William Recker, CEO jusqu'en 1998 et actuel président du conseil d'administration, a repris provisoirement les rênes de l'entreprise. Son successeur devrait être nommé d'ici à la fin de l'année. Patrick Jung, responsable du retail chez Gretag Imaging, se présente comme le candidat le plus capable de relever le défi.