Horlogerie 

Greubel Forsey va vendre une montre à 95% faite main

L’entreprise chaux-de-fonnière Greubel Forsey lance une montre presque entièrement fabriquée à l’ancienne, avec des machines sans assistance numérique. Une différence difficile à observer sur l’objet mais qui devrait susciter l’intérêt des collectionneurs

Dans un atelier, un ouvrier travaille à la réalisation d’une platine, la plaque soutenant les composants d’une montre. Rien d’anormal a priori. Sauf que Dimitri, mécanicien prototypiste, travaille avec un engin utilisé au début du XXe siècle qu’on ne trouve plus désormais: les machines à commande numérique (CNC) ont remplacé les appareils dirigés «à la main».

Nous sommes dans les ateliers de l’entreprise horlogère suisse haut de gamme Greubel Forsey, à La Chaux-de-Fonds. Et si de telles machines ont été récupérées, c’est pour accomplir un nouvel objectif de l’horloger: réaliser une montre qui porte le nom de Hand Made 1, soit faite main… à 95%. Les 5% restants? Les saphirs, les barrettes pour attacher le bracelet et, parmi les pièces moins connues des non-initiés, les joints et le ressort du barillet. «Le 100% fait main serait compliqué à atteindre», commente Stephen Forsey, cofondateur de la marque Greubel Forsey dont le groupe Richemont est actionnaire minoritaire.

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Six mille heures de travail

Mais le «fait main» n’indique pas une fabrication totalement manuelle, précise le cofondateur. «Il n’existe pas de définition officielle de cette appellation. Pour nous, cela signifie en partie à la main comme c’est déjà le cas pour les décorations par exemple, et en partie avec des machines mais qui n’ont pas d’assistance numérique.» Certaines étapes sont donc réalisées à l’aide de machines anciennes, guidées par l’humain. Un travail considérablement plus périlleux et plus long: il faut six mille heures pour une telle montre, quand il en faut environ 1000 pour une Greubel Forsey traditionnelle. Mais la marque y voit un intérêt: «Il s’agit de sauvegarder un savoir-faire», défend Stephen Forsey. Dans ce cas, pourquoi ne pas le faire avec toutes les montres de la marque? «Cela prend beaucoup de temps et il n’est pas facile de faire grandir l’équipe qui travaille de cette manière.»


A la question de savoir si ce n’est pas surtout une stratégie marketing en ces temps où l’appellation «fait main» est en vogue, le cofondateur répond: «Nous ne faisons pas tellement de marketing autour de nos montres.» Et les collectionneurs, qui sont les principaux clients de Greubel Forsey, seraient «prêts à être mécènes pour sauvegarder ce savoir-faire ancien», précise Stephen Forsey. Cette dernière création particulière ne sera produite qu’à raison de deux ou trois pièces par année. Son prix? Encore à définir, mais il se situera entre 600 et 900 000 francs.

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Le résultat est là: un bracelet en cuir cousu à la main, un boîtier en or gris et un cadran aux mécanismes complexes et tout en transparence. Sans oublier l’indication «hand made» inscrite en bas du cadran. Pas facile de voir la différence avec une montre réalisée sans processus artisanal. «Les connaissances des collectionneurs augmentent, ils verront la différence. Certains ont des groupes WhatsApp où ils échangent sur les modèles», s’amuse Stephen Forsey.

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