Le gouvernement français s’efforçait lundi d’empêcher la paralysie du pays par une pénurie d’essence, alors que la moitié des raffineries de l’Hexagone sont en grève contre la fermeture du site Total de Dunkerque.

«Le gouvernement prendra des dispositions pour que la France ne soit pas bloquée», a assuré le ministre de l’Industrie, Christian Estrosi. Mais aucune mesure spécifique n’a été annoncée. Selon Charles Foulard, porte-parole des grévistes à la CGT, les autorités envisageraient de «piocher dans les réserves stratégiques» de carburant. Autre solution: l’importation d’essence raffinée à l’étranger. Elle demanderait, selon l’Union française des industries pétrolières, «la mise en œuvre d’une certaine logistique.»

Même si 6 des 12 raffineries françaises – celles qui n’appartiennent pas à Total – demeurent en activité, les premiers signes de pénurie sont apparus hier. A 15 heures, 119 stations-service Elf et Total, sur plus de 2000, étaient en rupture de stock pour au moins un produit. «A priori, il y a des réserves pour sept jours, mais cela dépend de la psychose que peuvent créer les médias, explique un porte-parole du groupe. Si les gens se ruent dans les stations-service, les stocks dureront moins longtemps.»

Pour le gouvernement, cette crise tombe mal, à trois semaines des élections régionales. Elle illustre surtout les ambiguïtés de la politique industrielle de Nicolas Sarkozy, partagée entre volontarisme verbal et impuissance à stopper les fermetures d’usine.

«Le temps où les ministres couraient à la télévision pour agiter leurs grands mouchoirs à chaque annonce de licenciement [est] révolu, a déclaré dimanche son ministre Christian Estrosi. Au chœur des pleureuses, nous avons substitué le cœur des combattants.» Mais cette envolée suscite les sarcasmes de Jean-François Copé, le chef de la majorité de droite au parlement: «Christian est en réalité acculé à communiquer comme il le fait. Il faut sauver le journal de 20 heures!»

Car rien ne semble pouvoir empêcher Total de fermer la raffinerie de Dunkerque, en reclassant ses employés et en laissant sur place une présence symbolique, comme un centre de formation. Son projet de port méthanier, encore dans les limbes, ne satisfait pas les syndicats: selon la CGT, il n’ouvrira pas avant 2014, et emploiera 50 personnes, contre 450 aujourd’hui.

Pour le groupe pétrolier, l’équation économique est implacable. Dans l’Europe des 27, la consommation d’essence a chuté de 134 à 100 millions de tonnes en quinze ans.

Les raffineries françaises produisent trop d’essence, alors que le pays consomme surtout du diesel, favorisé par une fiscalité préférentielle. Leur principal marché d’exportation, les Etats-Unis, s’est effondré l’an dernier.

«Le site de Dunkerque date du début des années 1970, indique-t-on chez Total, et on ne peut pas reconvertir son schéma de raffinage, à moins de le reconstruire entièrement.»

Le groupe préfère investir en Arabie saoudite, dans une raffinerie destinée à un marché en pleine expansion, l’Asie.