Travail

Grève historique en vue dans la métallurgie allemande

IG Metall a décidé le week-end dernier d’entamer de mercredi à vendredi une série de grèves de 24 heures dans plus de 250 usines d’Allemagne. Daimler et Siemens pourraient être touchés

La tension devrait monter d’un cran ce mercredi dans la métallurgie allemande. Une série de plus de 250 usines doit entamer dans la matinée et jusqu’à vendredi des grèves de 24 heures qui pourraient paralyser une partie de la production du secteur. La métallurgie, qui englobe aussi les industries électriques et électroniques, emploie 3,9 millions de personnes et est à l’origine du boom des exportations allemandes.

Les grèves pourraient paralyser des géants tels que Siemens, Airbus, Man et Daimler. L’institut IW de Cologne, proche du patronat, a calculé que pour 50 000 grévistes, le secteur subirait un manque à gagner de 62 millions d’euros (71,8 millions de francs) par journée de grève; 125 millions d’euros si IG Metall cible de plus grosses usines et la barre des 100 000 grévistes.

Lire aussi: Le débat sur la flexibilité du travail gagne l’Allemagne

Négociations enlisées

Le syndicat de la métallurgie IG Metall s’était jusqu’à présent contenté de débrayages ponctuels, peu pénalisants pour la production. Mais les négociations sont, depuis le week-end, enlisées. Au cœur du conflit, les hausses de salaires – IG Metall réclame +6%; la fédération patronale Gesamtmetall bloque à +3% –, et surtout la flexibilité du temps de travail. Les salariés réclament la possibilité de réduire leur semaine de travail à 28 heures pour une durée maximum de deux ans, avec garantie d’un retour au temps plein ensuite. Le tout sans perte de salaire équivalente; ceux qui en bénéficieraient toucheraient un bonus de 200 euros par mois s’ils ont à s’occuper d’enfants de moins de 14 ans ou de personnes dépendantes.

Gesamtmetall est prête à parler de flexibilité du temps de travail, mais à double sens. La fédération patronale accepterait la semaine de 28 heures si en échange, un nombre équivalent de salariés acceptait de travailler 40 heures au lieu des 35 heures réglementaires, ce qu’IG Metall refuse catégoriquement. Le patronat estime que si tous les salariés qui pourraient y prétendre recouraient aux 28 heures, cela équivaudrait pour le secteur à 180 000 salariés en moins, alors que l’industrie allemande manque déjà de personnel qualifié.

Syndicat et patronat se rejettent la faute

«IG Metall avait dès le départ prévu de faire grève, estime le représentant du patronat Oliver Zander. Ils ont présenté au dernier moment des exigences que nous ne pouvons en aucun cas satisfaire.» Même amertume du côté du syndicat: «Nous aurions pu atteindre un compromis à la table des négociations dans la journée de samedi», déplore la porte-parole d’IG Metall Ingrid Gier, rejetant sur le patronat la responsabilité de l’échec des pourparlers.

Trente-quatre ans après le mouvement historique qui avait abouti après sept semaines de grève à l’introduction de la semaine de 35 heures dans le secteur, la flexibilité du temps de travail est donc de nouveau au cœur du conflit social.

Le modèle Trumpf

En Allemagne, certaines entreprises ont déjà testé la flexibilité du temps de travail à la demande du salarié. C’est le cas de Trumpf, groupe familial de 12 000 salariés à la pointe de l’innovation, tant sur le plan technique qu’en termes de gestion du personnel. L’entreprise spécialiste des machines outils et des techniques de découpe au laser a introduit en 2009, au lendemain de la crise de 2008, «le temps de travail en fonction des phases de vie». Les salariés peuvent depuis régulièrement moduler leur temps de travail de 15 à 40 heures par semaine. Les phases de vie influencent le rapport au travail, souligne le directeur du personnel de Trumpf, Gerhard Rübling, cité par la Fondation Hans-Böckler. «Ceux qui sortent de l’université veulent s’investir et travailler beaucoup. Lorsqu’ils deviennent parents, ils veulent réduire leur temps de travail, et lorsqu’ils achètent une maison, l’augmenter à nouveau. Et quand les enfants quittent le foyer, ils veulent à nouveau avoir du temps pour leurs hobbys.»

Le modèle Trumpf a inspiré les revendications d’IG Metall. En octobre dernier, 1000 des 4000 salariés du siège de Ditzingen dans le Bade-Wurtemberg avaient demandé à réduire leur temps de travail. Pas moins de 70% des salariés ont au contraire demandé à travailler plus (40 heures par semaine) pour gagner plus. IG Metall avait accepté cette dérogation aux 35 heures pour 50% du personnel, en échange d’une garantie de l’emploi jusqu’en 2021.

Le conflit dans la métallurgie rappelle le spectre de la grève illimitée de 2003, la dernière du secteur dans un pays qui privilégie le dialogue entre partenaires sociaux. La flexibilité du temps de travail menace ainsi de paralyser toute une branche en Allemagne, à l’heure où la France est parvenue à instaurer davantage de flexibilité sans heurts majeurs.

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