Uniterre, organisation agricole regroupant quelque 400 producteurs de lait romands, s'est joint mercredi à la «grève du lait» européenne. Lancée en Allemagne par la fédération BDM, celle-ci s'est aussi étendue aux 6000 producteurs autrichiens d'IG Milch, aux Pays-Bas et à la Belgique.

Uniterre revendique un prix au producteur de 1 franc par litre (il oscille actuellement autour de 70 centimes). Jacques Barras, responsable de sa commission lait, sait qu'assécher les livraisons est «utopique» dans l'immédiat. Mais «Emmi et consorts riront peut-être jaune en août-septembre quand viendra le creux de la production».

Le déclencheur du coup d'éclat d'Uniterre et de son homologue alémanique Big-M est l'échec des négociations entre producteurs et transformateurs de lait, dont ces deux petites organisations sont d'ailleurs exclues. C'est l'association faîtière Swissmilk qui discute au nom des paysans. Réuni d'urgence mardi, son comité est embarrassé. Il soutient les objectifs généraux du mouvement européen, mais «ne peut approuver une grève tant qu'on négocie. Il faut respecter les contrats», précise son président Peter Gfeller.

Ce qui est sûr, c'est que l'action spectaculaire et internationale des contestataires - un fait assez inédit - a fait avancer la prochaine date de négociation en Suisse. Elle aura lieu «en juin», dit-on.

«Pas réaliste»

Les producteurs suisses, qui ont l'appui de principe de la Fédération romande des consommateurs (FRC), ont un argument de poids: alors que les prix de production sont plus élevés en Suisse que chez ses voisins, le litre de lait y est vendu moins cher en magasin (voir graphique). «Si on veut maintenir, en qualité et en quantité, une production locale suffisante, il faut augmenter les prix», disent d'une même voix Jacques Barras et Aline Clerc, de la FRC. La hausse de 6 centimes concédée l'an dernier par les transformateurs (succédant à une baisse de 4 centimes) est jugée insuffisante.

Quatre grandes entreprises transforment 80% du lait. Elles voient bien sûr la situation autrement. «Tout augmente pour nous aussi», dit Michel Pellaux, directeur de Cremo. A titre d'exemple, sa société a payé un million de francs de plus pour l'énergie au premier trimestre.

Chez Emmi, Stephan Wehrle souligne que les prix du lait suisses restent stables, alors qu'ils ont baissé de 10 à 15% en Allemagne. «Nous exportons 23,7% de notre production et ne pouvons nous permettre d'accorder la hausse de 10 centimes demandée pour le 1er juillet. Ce n'est pas réaliste.»

Peter Gfeller, de Swissmilk, pense que «le temps travaille pour nous». La consommation annuelle de lait par habitant est de 100 kilos dans le monde, 407 kilos en Suisse et... 25 kilos dans les villes chinoises.

«Les pays émergents, le climat, la concurrence des biocarburants, tous ces facteurs font que la situation change complètement et durablement: aujourd'hui, la demande augmente plus vite que la production (2 à 3% par an, contre 1 à 2%). Le mouvement de grève européen va sans doute faire réfléchir les partenaires de la filière et les politiciens», dit Peter Gfeller.