«La première grève de «la Boillat» a fait des dégâts pour la réputation de Swissmetal. Les effets d'une deuxième grève seront pires.» Telle est la réponse de Sam Furrer, porte-parole du groupe, lorsqu'on lui demande si la grève déclenchée mercredi par les employés du site de Reconvilier met Swissmetal en péril.

Jeudi, les employés de «la Boillat» ont reconduit le mouvement, conscients du quitte ou double qu'ils jouent. «Notre usine est gangrenée par un cancer», raconte un employé sous le sceau de l'anonymat. La direction a empêché tout ouvrier de parler aux journalistes. «Si on ne réagit pas, on va mourir, dans un an ou dix-huit mois. Notre action comporte de gros risques. Tant qu'à mourir, autant tenter le tout pour le tout. C'est notre pari pour sauver notre dignité.» Les employés et les cadres du fabricant de produits à base de cuivre et de laiton de Reconvilier reprochent au CEO Martin Hellweg de les avoir «roulés dans la farine». Durant dix jours, en novembre 2004, ils s'étaient mis en grève pour exiger son départ. Ils avaient repris le travail après un accord sous l'égide de la ministre bernoise de l'Economie, Elisabeth Zölch, précisant que «la Boillat» aurait son propre directeur de site et ne serait pas démantelée.

La nouvelle stratégie de Swissmetal, présentée dans la confusion en fin d'année dernière, prévoit le transfert des activités de fonderie de Reconvilier à Dornach, et le développement de trois pôles de compétence dans la banlieue bâloise, contre un seul dans le Jura bernois. L'annonce de 27 licenciements pour fin janvier, dont 14 à Reconvilier, a fait déborder la grogne. Les employés sont déterminés à résister, et la direction affirme qu'elle n'acceptera de discuter qu'après la reprise du travail.

Par courriel, la direction a menacé de licenciement immédiat la vingtaine de cadres de «la Boillat» s'ils ne reprenaient pas le travail. Ils ont rejeté la menace. Solidaires, les employés exigent l'application rigoureuse de l'accord de 2004 - qui implique le maintien de la fonderie à Reconvilier -, la suppression des licenciements et l'abandon de la nouvelle stratégie de Martin Hellweg.

Même si Sam Furrer dément tout problème de trésorerie, on prétend l'inverse à Reconvilier, en affirmant qu'au vu «des licenciements de fait prononcés à l'encontre des cadres la direction de Swissmetal est acculée financièrement et panique». En guise de réponse, Sam Furrer reprend les propos de Martin Hellweg diffusés par la SonntagsZeitung et dénonce une «campagne médiatique qui attise les craintes des employés et sape la crédibilité du management, coordonnée par les élus politiques régionaux Pierre Kohler et Maxime Zuber».