Le Grexit devient probable, voire souhaitable pour certains

Crise Un nombre croissant d’économistes voient la Grèce sortir de la zone euro. La monnaie unique va encore baisser

Le non au référendum rapproche la Grèce de la porte de sortie de la zone euro. «Le «Grexit» est presque devenu inévitable. C’est le scénario le plus probable», lance Karsten Junius, chef économiste de J. Safra Sarasin. Sa banque prévoit que la Grèce émettra des reconnaissances de dette (IOU) ces prochaines semaines et fera défaut sur ses engagements vis-à-vis de la BCE. «La probabilité d’un «Grexit» est maintenant montée à 50%», estime quant à lui Laurent Bakhtiari, analyste chez IG Bank.

La sortie de la Grèce est même souhaitée par certains économistes. Hans-Werner Sinn, président de l’institut IFO, à Munich, demande à Athènes «de réintroduire la drachme». Il explique que la Grèce est «un Etat insolvable, tout comme les banques locales qui lui sont liées».

Les mérites de la drachme

Le retour à la drachme permettrait, selon l’économiste, de «rétablir la solvabilité de l’Etat grec et de ses banques. Une reprise économique surviendrait dans un à deux ans sous l’effet d’une baisse des importations et d’une augmentation du tourisme».

Lundi, «les marchés financiers ont bien résisté en raison de la protection offerte par la BCE et des statistiques publiées en début de semaine», fait valoir Ricardo Garcia, économiste auprès d’UBS. Le risque d’un «Grexit» est pourtant «très élevé», selon la grande banque. UBS ne chiffre pas cette probabilité mais est d’avis que «les pressions de la part de la BCE à l’égard des banques grecques devraient augmenter».

Barclays anticipe elle aussi un «Grexit». Il sera «extrêmement difficile pour les leaders européens d’obtenir un plan de sauvetage susceptible d’être accepté dans leur propre pays», selon la banque. D’autant que des élections sont proches, par exemple en Espagne.

Exception qui confirme la règle, Nannette Hechler-Fayd’herbe, économiste de Credit Suisse, affirme que «la probabilité d’un «Grexit» s’est accrue, mais ce n’est pas le scénario de base». «A très court terme, il est vraisemblable que la BCE ne réduira pas les liquidités à disposition des banques grecques. Elle n’a aucune intention d’apparaître comme l’institution qui aura poussé la Grèce hors de la zone euro», selon Credit Suisse. Or, «le départ de Yanis Varoufakis pourrait signaler une reprise des négociations dans un climat plus constructif», ajoute son économiste.

En cas de «Grexit», l’euro devrait baisser à 1,05, puis à 1 dollar, contre 1,10 lundi, selon UBS. Ricardo Garcia estime que les actions pourraient baisser d’environ 10 à 15%. Nannette Hechler-Fayd’herbe s’attend aussi à une baisse de l’euro en cas de sortie de la Grèce, en raison d’un nouvel assouplissement de la politique monétaire de la BCE. Elle estime que tous les cas de figure plaident en faveur d’une baisse de l’euro.

S’il y a une résolution du conflit, la Fed ne reporterait pas le calendrier du relèvement de ses taux directeurs. Une hausse qui augmenterait l’écart de taux entre l’Europe et les Etats-Unis, et affaiblirait la monnaie unique.