* Union Bancaire Privée

Exit la Grèce. Contraction des mots «Greece» et «exit», le nouvel acronyme des financiers anglo-saxons renvoie à «Acropole, adieu!», récemment en couverture d’un célèbre magazine allemand.

Impensable il y a encore quelques semaines, la sortie de la Grèce de la zone euro devient envisageable au fil des jours. Lors d’un récent séminaire à Londres, j’ai appris qu’un certain «Lord Wolfson of Marylebone» offrait la coquette somme de 250 000 livres sterling à l’économiste qui donnerait la clé d’une désintégration indolore de la zone euro. Une somme sans doute à la hauteur de la difficulté de la tâche.

Ce qui est troublant, c’est que tout le monde ou presque s’accorde à dire que la sortie de la Grèce serait une catastrophe tant pour les Grecs que pour les autres Etats membres de l’Union européenne.

Cette focalisation à outrance sur la Grèce ne confine-t-elle pas à l’acharnement? Après tout, si la dette publique du meilleur élève de la zone euro, l’Allemagne, représente la moitié de celle de la Grèce lorsqu’elle est exprimée en pourcentage du PIB, elle pèse le quintuple de cette dernière une fois traduite en milliards d’euros! Or, à l’heure où l’on évalue la puissance de feu des autorités monétaires pour parer au risque de contagion de la Grèce au Portugal ou à l’Espagne, c’est bien en milliards d’euros qu’il convient d’estimer la dette publique, non?

En réalité, ce n’est pas tant la dette gouvernementale qui pose problème à la zone euro, mais bien le fait qu’elle soit couplée à un déséquilibre des comptes courants: excédentaires dans le bloc «cœur» des pays du nord de la zone (à l’exception de l’Irlande), ils sont par contre déficitaires dans le bloc «périphérique» du sud de cette même zone. Dans ce premier bloc, l’épargne domestique permet de financer la dette de l’Etat alors que, dans le second, ce sont les investisseurs étrangers qui doivent s’en acquitter. D’où le problème. Pour le résoudre, il faut soit réduire les importations, soit doper les exportations dans les pays de la périphérie. La première solution implique l’insoutenable austérité prônée par l’Allemagne, tandis que la deuxième nécessite de réindustrialiser les pays du sud de la zone – un processus lent demandant une patience qui semble faire défaut à la plupart des intervenants au sein de la zone euro. La crise qu’elle traverse trouverait également une issue favorable dans l’adoption d’une «union budgétaire», en complément de l’union monétaire. Pour sortir de la crise de la zone euro, il convient aujourd’hui de réfléchir sérieusement à de telles solutions structurelles, plutôt que de s’en remettre simplement au vieil adage selon lequel le pire n’est pas certain.