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Le diamant «4 de Fevereiro», devenu «Art of De Grisogono» après sa taille, présenté à Londres en octobre 2017. 
© Anadolu Agency

Luxe

De Grisogono réduit d'un tiers ses effectifs à Genève

La marque supprime 28 postes à son siège genevois, évoquant une «surcapacité de production» et un contexte difficile pour la haute joaillerie. Le groupe est parvenu à s’assurer le soutien de son principal actionnaire, le congolo-danois Sindika Dokolo

De Grisogono supprime finalement 28 emplois à son siège genevois, soit près du tiers de ses effectifs en Suisse. La marque de luxe l’a communiqué ce jeudi après-midi aux employés de son siège de Plan-les-Ouates, a appris Le Temps.

La procédure de consultation, achevée lundi, aura permis de limiter un peu le nombre de licenciements (28 au lieu de 31 initialement prévus). Un plan social volontaire a été mis en place afin d’«aider financièrement ceux qui ont perdu leur emploi à assurer la transition», explique Anthony John Morrison Leitao, directeur opérationnel du groupe.

Excès de capacité

Du côté de la Fédération des entreprises romandes, on évoquait en début de semaine des «discussions constructives» ayant permis d’«atténuer les conséquences» de la restructuration, selon Olivia Guyot Unger, directrice de son service juridique. Avant les licenciements, De Grisogono comptait 105 postes en Suisse et 160 dans le monde.

Les temps ne sont plus aux grandes démonstrations de richesse

Anthony John Morrison Leitao, directeur de De Grisogono

L’ambiance est lourde dans le quartier général du joaillier-horloger. Depuis son bureau, en zone industrielle de Plan-les-Ouates, Anthony John Morrison Leitao est fataliste. «Nous avons posé toutes les options sur la table. Mais la croissance n’a pas répondu à nos attentes et nous avons aujourd’hui trop de capacités de production.»

Recul du bling-bling

L’aile joaillière de la marque subirait indirectement, selon le directeur, le poids des sanctions américaines en Russie et les purges anti-corruption en Arabie saoudite, deux marchés historiques de la marque fondée en 1993 par Fawaz Gruosi.

Fin 2015, De Grisogono avait déjà évoqué «la crise en Russie, un contexte économique global très éprouvant et la force du franc suisse» pour justifier le licenciement de 19 collaborateurs dans son secteur horloger. Externalisées en grande partie, ni l’horlogerie ni la joaillerie fine (pièces de 10 000 à 200 000 francs) ne sont aujourd’hui en cause. «Nous sommes parvenus à développer ce segment et avons obtenu de bons retours sur nos collections à Baselworld», explique Anthony John Morrison Leitao.

Mais la clientèle de la haute joaillerie, composée d’une centaine d’individus, aurait, elle, perdu son appétit pour les bijoux les plus chers de la marque. Pourtant, De Grisogono avait fait forte impression dans ce milieu très fermé en acquérant coup sur coup, en 2016, deux diamants d’exception: «The Constellation», pour 63 millions de dollars, et «4 de Fevereiro», pour 16 millions, revendu l’automne dernier à Genève pour quelque 33 millions de dollars. Ces acquisitions étaient le prélude annoncé d’une grande expansion dans les parures très haut de gamme.

Lire aussi: L’Angola propulse De Grisogono au firmament des diamantaires

Anthony John Morrison Leitao ne voit pas, dans les difficultés actuelles, le reflet d’un mauvais positionnement stratégique. Mais il admet que ces acquisitions spectaculaires n’ont pas ramené suffisamment de nouveaux clients. «Les temps ne sont plus aux grandes démonstrations de richesse», selon l’Anglo-Portugais, qui a rejoint De Grisogono en 2013, dans le sillage d’un groupe d’investisseurs angolais.

«Coup de génie»

Ces derniers avaient alors investi 100 millions de francs pour acquérir 75% des parts de la société privée genevoise, déjà en difficulté. Parmi eux, l’homme d’affaires congolo-danois Sindika Dokolo et la Société publique angolaise de commercialisation des diamants (Sodiam), via le fonds Victoria Holding Limited.

Derrière cette société de droit maltais, on retrouve la femme la plus riche d’Afrique, Isabel dos Santos. Celle que l’on surnomme «la princesse» n’est autre que la fille de l’ancien président angolais José Eduardo dos Santos. Et la femme de Sindika Dokolo.

Lire aussi: Diamants, art et pétrole: l’empire du premier couple d’oligarques africains

L’investissement s’inscrivait dans un vieux rêve angolais: contrôler l’ensemble de la chaîne de production de ses diamants, de l’extraction à la commercialisation. Pour De Grisogono, c’était la promesse d’avoir un accès à de magnifiques pierres précieuses, en contournant un maximum d’intermédiaires.

«C’était une idée de génie, concède un concurrent de la marque genevoise. De la mine à la boutique: aucun joaillier n’a ça. Mais la source s’est tarie. Ils vont désormais devoir se procurer leurs pierres comme tout le monde.»

L’Angola se retire

José Eduardo dos Santos n’est en effet plus président de l’Angola depuis septembre. Et les nuages n’ont cessé de s’amonceler au-dessus de sa «princesse». Isabel dos Santos a été éjectée de la direction de la compagnie pétrolière d’Etat Sonangol et une enquête a été ouverte sur sa gestion. Son frère José Filomeno, qui était à la tête du fonds souverain, est, lui, inculpé pour «fraude, détournement de fonds, trafic d’influence, blanchiment d’argent et association criminelle».

En décembre, la compagnie diamantaire d’Etat Sodiam a annoncé son retrait de Victoria Holding Limited au vu des «résultats négatifs systématiquement présentés par le groupe». La compagnie cherche à revendre sa «participation minoritaire» dans De Grisogono, mais n’a pas encore trouvé de repreneur.

Anthony John Morrison Leitao se dit confiant. Il a obtenu l'appui des actionnaires, dont Sindika Dokolo: «Il nous a apporté beaucoup de soutien et reste à bord.» C’est aussi lui, à travers sa société Nemesis, basée à Dubaï, qui procure à De Grisogono une partie de ses pierres précieuses.

Train de vie plus modeste

Le directeur renvoie d’ailleurs à Nemesis pour les questions relatives à l’approvisionnement. Il ne voit aucun lien avec les déboires de la famille Dos Santos et la marque genevoise. «Ce sont des affaires personnelles. Nous dirigeons une entreprise privée. Ce n’est pas comme ça que les choses fonctionnent.» Et de rassurer sur la capacité du groupe à continuer à vendre des pierres d’exception.

Le train de vie de la marque, réputée pour ses fêtes somptueuses riches en starlettes rémunérées, va devoir se réduire. Cette année, De Grisogono ne donnera plus de grande soirée à l’Eden Roc du Cap d'Antibes. Cet événement majeur, en marge du Festival de Cannes, sera remplacé par un dîner pour VIP plus intime.

Collaboration: Sylvain Besson

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