Luxe

De Grisogono s’offre un diamant à 63 millions

Le joaillier genevois établit un record avec sa pierre de 813 carats. Dans le milieu, on observe avec intérêt la renaissance de la PME, portée par ses investisseurs angolais

Avec ses 63 millions de dollars (environ 61,3 millions de francs), «The Constellation» est tout simplement le diamant brut le plus cher au monde. Une pierre de 813 carats (162,6 grammes) pour six centimètres de long que s’est adjugée le joaillier genevois De Grisogono.

La marque de Plan-les-Ouates n’en est pas à son coup d’essai. En juin, elle avait eu le privilège de découper une autre pierre exceptionnelle – «4 de fevereiro» – valorisée à 16 millions de dollars. Les deux pièces «font partie des cinq plus belles pierres découvertes cette dernière décennie», souligne l’entreprise.

PME aux ambitions planétaires

L’acquisition de «The Constellation» par De Grisogono a été annoncée samedi à l’ouverture de la Biennale des Antiquaires de Paris. Désertée par les grands joailliers Cartier, Bulgari ou Chanel en raison de différends logistiques, le salon n’a accueilli que quatre petits exposants, dont De Grisogono. «Leur stand était impressionnant, explique un spécialiste de la joaillerie d’une maison concurrente. Il y avait beaucoup de pierres de 12-15 carats de très grande valeur. La marque joue désormais dans la cour des grands.»

En difficulté financière il y a moins d’un an – elle avait licencié 19 personnes en décembre invoquant la conjoncture et une réorientation stratégique –, la PME qui compte 100 employés sur son siège genevois espère devenir le leader mondial de la haute joaillerie.

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Des entrées politiques en Angola

Des ambitions portées par des fonds africains et des alliés puissants lui assurant un accès privilégié à la production de diamants angolais. Rachetée en 2012 par l’homme d’affaires Sindika Dokolo – via un montage offshore – pour 100 millions de francs, «De Grisogono n’est plus une petite société genevoise», souligne un spécialiste du commerce de pierres précieuses.

Derrière l’acquisition des deux diamants, on retrouve Nemesis. Une entreprise apparue l’année dernière à Dubaï, également aux mains de Sindika Dokolo, qui est vite devenue un acteur incontournable du commerce de diamants. Gendre du président angolais, l’homme d’affaires avait acheté le «4 de fevereiro» à la société d’Etat Sodiam, avant d’en céder les droits au Genevois De Grisogono.

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Une vitrine pour les diamants angolais

L’acquisition de «The Constellation» s’est effectuée à travers un autre type de «montage». Il n’y a pas eu cette fois «d’achat des droits de la pierre» via Nemesis, précise un porte-parole du joaillier. L’acquisition s’est donc effectuée au nom de De Grisogono. Mais, pour le spécialiste du secteur, il s’agit simplement d’un «jeu d’écriture» puisque les deux firmes appartiennent aux mêmes investisseurs.

Des actionnaires qui ont, selon lui, tout «intérêt à faire monter De Grisogono dans une autre catégorie» puisque la marque leur sert de vitrine pour la promotion de leurs diamants. «Personne ne connaît Nemesis alors que De Grisogono bénéficie d’une réputation et d’un réseau de clients», conclut-il.

Marché attentiste

Suffisant pour rentabiliser un investissement qui se chiffre désormais en dizaines de millions de dollars? Dans le milieu, on exprime des réserves alors que la demande s’est quelque peu tarie en raison du ralentissement économique mais aussi des appréhensions des clients en vue du renforcement de la coopération fiscale internationale. Et donc de la lutte contre le blanchiment d’argent.

Du côté de De Grisogono, on évoque simplement certaines «tensions» sur le marché tout en soulignant que les pièces de haute joaillerie continueront toujours à servir de valeur refuge. Un enthousiasme partagé par Lucara. Cette entreprise minière canadienne qui a découvert «The Constellation» en novembre dernier au Botswana a conservé 10% du diamant pour s’assurer une part de la plus-value après la taille et le polissage du diamant.

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