«Les touristes prennent davantage le temps de réfléchir à leur avenir, y compris au-delà de la mort s'il existe.» Kurt Suter, surveillant des fondations auprès du canton des Grisons, explique ainsi l'attrait de son canton auprès d'étrangers désirant créer une fondation d'intérêt public. La croissance de la fortune est de 10% par an, selon l'expert.

L'autre raison est à chercher dans l'attitude particulière de Kurt Suter, véritable partenaire des fondations plutôt qu'autorité de répression, selon un expert de la scène des fondations. Certains surveillants privilégient les rentrées fiscales à court terme, comme Zurich, d'autres le marché des fondations, comme les Grisons, selon Andreas Müller, expert en fondations, lors d'un séminaire d'Euroforum, à Zurich.

Des bénéficiaires particuliers

L'art de la négociation et du contact fait davantage avancer la cause que des règlements respectés à la lettre, ajoute-t-il. A titre d'exemple, Kurt Suter doit actuellement prendre position sur une fondation à l'objectif très particulier: les bénéficiaires sont les enfants protestants, intelligents, particulièrement travailleurs, et habitant au-dessus de 800 mètres. Sa position n'est pas encore connue, mais il promet de respecter le vœu du fondateur. Comme l'organisation dispose de 80 millions à distribuer, l'affaire émeut la classe politique. «Certains changent de confession pour faire partie des bénéficiaires», avoue cet ancien associé d'une société mondiale de consulting qui se trouvait dans l'une des tours du WTC le 11 septembre 2001. «Entre New York et Zurich, j'avais besoin de 6 heures de vol pour aller à un rendez-vous. Dans les Grisons, parfois il m'en faut autant», ajoute cet orateur hors pair. Car seul le contact direct peut faire avancer un dossier. Certains cas sont ubuesques lorsqu'ils touchent plusieurs villages, dans la région aux 209 communes «et autant d'idées pour résoudre les problèmes».

Résultat, les Grisons abritent plus de 500 fondations d'intérêt public, y compris 110 institutions de prévoyance. Les premières gèrent 1,6 milliard, les secondes 3,3 milliards. Beaucoup sont créées par des étrangers de passage ou par des personnes qui ont fui l'Allemagne dans les années 40.