Géopolitique

«Le Groenland pourrait devenir la troisième réserve mondiale d’uranium»

Le réchauffement climatique présente des avantages économiques et stratégiques pour le territoire arctique, qui vient de tenir ses élections législatives

L’accélération de la fonte des glaces sur la deuxième plus grande île de la planète entraîne la migration de poissons, première industrie du territoire, tout en permettant l’accès à de nouvelles ressources. Un phénomène qui tend à valoriser le Groenland sur le plan international, d’après Mikaa Mered, professeur de géopolitique et géo-économie des mondes polaires à l’ILERI Paris.

Le Temps: Quelle partie du Groenland est devenue plus accessible grâce au réchauffement climatique?

Mikaa Mered: Plus la calotte fond, plus elle libère des terres. La côte groenlandaise représente entre 10 et 20% du territoire. Dans les prochaines années, on s’intéressera aussi à la calotte, où on estime qu’il y a des réserves importantes en divers métaux, mais on ne sait pas encore lesquels.

Quelles ressources naturelles sont exploitées au Groenland?

Le pétrole et le gaz ont été l’objet de beaucoup de fantasmes dans les années 2000, mais la concentration était trop faible pour qu’ils soient commercialement exploitables. On s’est alors focalisé sur les ressources minières. Une mine d’or a fait faillite, une mine de rubis est toujours en activité et il y a des projets d’extraction de nickel, de cuivre et de calcaire.

Qu’est-ce qui change la donne aujourd’hui?

C’est l’importance des réserves en terres rares. Le Groenland en recèlerait la deuxième réserve mondiale, derrière la Chine, qui contrôle aujourd’hui 90% du marché mondial. Ces métaux sont indispensables pour fabriquer des batteries de voiture, des éoliennes ou des smartphones. L’un d’eux, le dysprosium, est concentré dans la pointe sud et représente le premier gisement mondial. Plus on va vers la transition énergétique, plus ce territoire attire les regards.

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En quoi est-ce un atout géostratégique pour le Groenland?

Ce qui a le plus de potentiel, ce sont les terres rares, le zinc, l’uranium et le fer. Les terres rares sont relativement imbriquées avec de l’uranium. Le parti au pouvoir souhaite l’exploiter. Cela pourrait apporter des ressources financières et positionner le Groenland sur la carte stratégique du monde. Le territoire serait alors la troisième réserve mondiale d’uranium.

Ces exploitations seront-elles suffisantes pour financer l’indépendance économique du Groenland?

L’île devra diversifier son économie et mobiliser d’autres secteurs, comme le tourisme, les données, ou encore devenir un paradis fiscal. Le facteur de la stabilité politique est à prendre en compte. Le territoire est jeune d’un point de vue politique et les élus sont impressionnables, sollicités par des lobbys, ce qui n’est peut-être pas suffisant pour convaincre un investisseur sur le long terme.

Quel est l’impact du réchauffement climatique sur l’industrie de la pêche?

Les poissons migrent vers le nord, donc il y en aura davantage qui entreront dans la zone économique exclusive du territoire. Le secteur sera encore plus florissant si leur exploitation reste mesurée. La pêche représente 90% des exportations. Plus il y a d’icebergs disparates, plus les pêcheurs artisanaux ont du mal à poursuivre leurs activités. Du coup, on peut s’attendre à une concentration d’entreprises qui intervient.

Est-ce que ces changements seront créateurs d’emplois?

Oui, car le Groenland a très bien réagi en refusant de permettre aux investisseurs miniers de faire venir des travailleurs étrangers, alors qu’il y a du chômage sur place. Les investisseurs n’accepteront ces règles que si la main-d’œuvre locale est qualifiée et suffisamment abondante. C’est pour cela que l’éducation, la pêche et les enjeux sociaux étaient les trois premiers sujets de cette campagne 2018.

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