L'automne ne sera peut-être pas aussi flamboyant que prévu pour Credit Suisse. Alors que la bonne tenue des marchés dans leur ensemble augure de résultats en croissance pour le troisième trimestre, la deuxième banque suisse essuie une perte de 150 millions de francs environ dans les dérivés en Corée du Sud.

Selon l'agence Bloomberg, la banque s'est insuffisamment couverte au moment de prendre des positions sur des «reverse-convertible notes». Cet instrument, très apprécié en Corée, synthétise les avantages parfois contradictoires des actions et des obligations. Ils offrent des coupons relativement élevés tout en faisant fluctuer la valeur du titre en fonction de l'évolution de deux actions sous-jacentes. La durée de vie de l'instrument est généralement de trois à cinq ans.

Si les sous-jacents prennent de la valeur, la banque rembourse au client la valeur de la note avec les intérêts. Si les deux sous-jacents, ou l'un des deux seulement baisse la banque rembourse à l'échéance avec l'action sous-jacente. Elle se voit conférer en fait une option de vente.

Or, le marché coréen d'actions s'est repris au cours de l'été pour atteintre 2827 points après un point bas à 2504 à la mi-juin. Par conséquent, la valeur des options à la vente a chuté. Tout ceci ne serait que pure routine si Credit Suisse s'était couvert contre ce risque. Or, il ne l'a pas fait.

Recommandation abaissée

La banque refuse de commenter les faits. «Nous ne nous exprimons pas sur des positions isolées», expose un porte-parole à Zurich. La nouvelle a toutefois fait frémir le marché. L'analyste Peter Thorne, d'Helvea à Londres, l'a citée dans une note rappelant certains déboires de la division de banque d'investissement aux deuxième et troisième trimestres. Son commentaire est sans concession: «Il n'y a pas de solution facile pour redresser cette division. Et même lorsqu'elle se redressera, le marché aura besoin de plusieurs années avant d'en être convaincu.»

Le dommage est avant tout de réputation. Pour Peter Thorne, 150 millions de francs de perdus ne peuvent que «ternir», au pire, les résultats au troisième trimestre qui seront publiés le 2 novembre prochain. Opinion similaire de Michel Wiederkehr, de Bordier à Genève, qui la juge même secondaire. Le bénéfice attendu pour l'ensemble de l'exercice 2006 s'élève à 8,2 milliards de francs. Au premier semestre, il se montait à 4,8 milliards.

Simultanément, la Deutsche Bank rabaissait sa recommandation d'«acheter» à «garder» des titres CS, de crainte que les résultats au troisième trimestre soient moins bons que prévu. Somme de toutes ces inquiétudes, l'action Credit Suisse a reculé hier de 1% à 75,75 francs.