L'activité historique du groupe biennois Mikron, les machines à fraiser (Standards Machines) passe dans les mains d'Agie Charmilles (AC). Pour chacune des deux sociétés, cette opération renforce leur stratégie respective. Mikron se concentre en effet sur ses nouvelles compétences (les composants plastiques) et ses marchés clés, préférant vendre une unité n'ayant pas une taille suffisante pour survivre au sein du groupe. Alors qu'Agie Charmilles, basé à Zoug et filiale du groupe Georg Fischer, veut devenir le leader des fabricants de machines-outils et de moules. «Pour Mikron, cette division était presque devenue un corps étranger dans ses activités, affirme Davide Rima, analyste à la Banca del Gottardo à Zurich. C'est une bonne transaction pour les deux sociétés.» Le prix de vente n'a pas été dévoilé par les deux protagonistes, mardi à Zurich. Seul indice: le cash-flow de Mikron augmentera de 100 millions. Mais qui dit désinvestissement d'un côté dit aussi réinvestissement de l'autre. «Après remboursement des dettes, il nous restera en effet de quoi faire une acquisition», confirme Hans Ulrich Märki, président du conseil d'administration du groupe biennois.

Ce rachat ne devrait pas entraîner de grands chambardements, ni pour les employés (340 personnes, dont 225 en Suisse), ni pour les clients et fournisseurs. Les produits «Standards Machines» continueront en effet d'être exploités sous la marque «Mikron». «Le contrat de vente spécifie que pendant cinq ans, AC pourra utiliser le nom de Mikron, non seulement pour les 16 000 machines déjà installées dans le monde, mais pour la nouvelle production, explique Hans Ulrich Märki. Cette clause a fait partie des négociations pour fixer le prix de vente.»

En acquérant les machines à fraiser de Mikron, qui servent à façonner des pièces, AC se hisse encore un peu plus aux côtés de ses concurrents allemands DMG et Hermle dans le secteur de l'usinage à grande vitesse. En outre, le rachat de l'américain Bostomatic par AC, il y a un an, fait encore plus sens aujourd'hui. «Le groupe a désormais directement accès au marché américain pour écouler ses machines», affirme Arnaud Girardin, analyste chez Lombard & Odier. Pour le moment, l'Europe est en effet le marché clé, où 70% des ventes sont réalisées. Le chiffre d'affaires de cette unité est estimé à 180 millions de francs, avec un pronostic de croissance de 20%. Les 12 derniers mois, les commandes ont augmenté de 40%. «Ce regroupement permet une meilleure force de frappe», confirme Kurt Stirnemann, directeur du groupe zougois, soulignant que sur ce marché, le réseau de vente et le service après-vente sont des arguments clés. Grâce à ce rachat, le chiffre d'affaires d'AC devrait s'établir à 1,1 milliard de francs cette année, pour une marge avant impôts et intérêts de 8%, toujours selon Kurt Stirnemann.

Du côté de Mikron, malgré cette vente, la forte croissance enregistrée dans tous ses secteurs d'activités devrait lui permettre de compenser son désinvestissement et d'atteindre ses objectifs cette année. Depuis le rachat l'an dernier du norvégien Iplast, spécialiste des composants plastiques pour la téléphonie mobile, ainsi que les produits destinés aux marchés de l'automobile et médical, Mikron a vu ses ventes augmenter de 60% dans cette division. Elles ont quadruplé au premier trimestre alors que son secteur équipement de production a grimpé de 17%.