Une soixantaine d’emplois sera créée à Epalinges (VD) grâce à l’arrivée de la société américaine Ariad Pharmaceuticals. Ce spécialiste en oncologie a décidé d’y implanter son siège européen. L’entreprise, déjà présente à Lausanne depuis l’été dernier, va occuper plus de 2000 mètres carrés au Biopôle d’Epalinges. «Actuellement, nous sommes déjà 17 personnes à Lausanne mais nous prévoyons d’augmenter nos effectifs. D’ici à 2017, la société comptera entre 50 et 60 collaborateurs, note Pierre Dodion, directeur chargé des opérations et du développement d’Ariad Pharmaceuticals. Le développement des produits continuera d’être coordonné à Cambridge, près de Boston, aux Etats-Unis.»

Fondé il y a vingt ans, le groupe a découvert et développé un traitement destiné aux patients atteints de leucémie myéloïde chronique. Jusqu’en 2000, les seuls traitements proposés pour cette maladie passaient par une greffe de moelle osseuse, réservée à une minorité de patients, ou par l’interféron alpha, utilisé seul ou en association avec une chimiothérapie. En 2001 est arrivé le Glivec de Novartis, qui bloque la dérégulation d’une enzyme responsable de la maladie. Cette molécule permet d’obtenir des rémissions complètes dans 80 à 85% des cas. Mais, parfois, les patients ne répondent pas au traitement ou développent des résistances. C’est là que peut intervenir le ponatinib (Iclusig), une molécule développée par Ariad Pharmaceuticals. «Elle a montré une activité substantielle chez ce type de patient», souligne Pierre Dodion.

Approuvée par l’agence américaine du médicament, la Food and Drug Administration, en décembre 2012, cette molécule inhibe une protéine (la BCR-ABL) anormalement exprimée dans la leucémie myéloïde chronique. «Nous espérons obtenir l’accord des autorités européennes et suisses dans le courant 2013», prévoit Pierre Dodion.

Selon Ariad Pharmaceuticals, le ponatinib bénéficiera aussi à des malades atteints d’autres tumeurs pharmacorésistantes ou difficiles à traiter, à l’exemple du cancer du poumon à grandes cellules.

Coté au Nasdaq et dirigé par Harvey Berger, le groupe estime qu’à terme le ponatinib a le potentiel de générer des ventes de 1 milliard de dollars.

Ariad Pharmaceuticals ne cache pas avoir bénéficié d’aides du canton de Vaud pour s’établir à Lausanne. Toutefois, l’entreprise évoque d’autres raisons qui l’ont poussée à choisir Lausanne comme siège européen. «Nous collaborons déjà avec l’EPFL. La présence de l’Institut suisse de recherche expérimentale sur le cancer (ISREC) et du Centre hospitalier universitaire vaudoise (CHUV) ainsi que la possibilité de recruter du personnel qualifié dans le secteur pharmaceutique constituent des atouts importants», précise Pierre Dodion. Pour Jean-Marc Tissot, administrateur délégué du Biopôle d’Epalinges, «cette installation illustre à la perfection notre stratégie consistant à construire un pôle science de la vie fort au nord de Lausanne et en parfaite synergie avec la cité hospitalière du CHUV.»

«Le ponatinib d’Ariad Pharmaceuticals a le potentiel de générer des ventes de 1 milliard de dollars»