Liebefeld, petite bourgade à quelques encablures de Berne. C’est là, dans un immeuble gris d’apparence banale juste en face d’un grand bâtiment de Swisscom, que Huawei a implanté son siège pour la Suisse. En marchant dans le couloir central du deuxième étage, c’est du suisse-allemand que l’on entend s’échapper d’un premier bureau, puis du mandarin quelques mètres plus loin. «Lorsque nous sommes arrivés en Suisse en octobre 2008, nous n’étions que cinq employés, dont trois Suisse et deux Chinois. Aujourd’hui, nous sommes plus de septante, dont trois quarts de locaux», explique Michèle Wang-Spirig, responsable de la communication.

Et si Huawei a choisi Liebefeld, ce n’est pas par hasard. «La proximité avec nos clients est primordiale. Comme Swisscom a été le premier, il était logique de venir à Berne, près de son siège. Nous comptons depuis aussi une dizaine d’employés à Zurich, tout près d’un autre client, Sunrise», détaille Felix Kamer, directeur des ventes de Huawei Suisse. Les opérateurs helvétiques achètent ainsi désormais chinois. «Dans chaque pays où nous nous implantons, nous ciblons en priorité l’opérateur le plus puissant, ce qui nous ouvre ensuite les portes de ses concurrents, poursuit Felix Kamer. Ainsi, en Europe, France Télécom, Vodafone ou encore Telefonica sont nos clients.»

Huawei fournit aussi à Swisscom l’infrastructure d’une partie de son réseau fixe et compte sur le développement du réseau de fibre optique pour gagner davantage de parts. «En téléphonie mobile, l’attribution des fréquences LTE (ndlr: 4G) nous offre aussi des opportunités», poursuit le directeur des ventes. Quid des autres opérateurs? «Pour l’heure, nous fournissons la plate-forme de messages à Sunrise et une partie de son équipement du mobile backhaul, com­plète Michèle Wang-Spirig. Nous fournissons aussi à Orange les clés USB pour connecter les ordinateurs au réseau mobile.»

Sous marque blanche

Si aucun chiffre n’est articulé, Felix Kamer concède que les prix de Huawei peuvent lui permettre de faire la différence. «Je ne citerai pas de nom de concurrent, mais les tarifs du marché sont trop élevés. Or les liens directs que nous avons avec la Chine pour les équipements, ainsi que la proximité avec notre centre de développement de Milan, nous permettent de faire la différence. Et, si les opérateurs suisses nous choisissent, c’est surtout en raison de la qualité de nos services.»

Huawei cible aussi le marché des entreprises, avant de s’attaquer à celui des particuliers. «Nous commençons à vendre des tablettes, puis plus tard des téléphones, en marque blanche, c’est-à-dire sans notre logo, poursuit Felix Kamer. Mais, dès que nous serons un peu plus connus, nous les vendrons sous la marque Huawei.»