Heinz Rothacher a dirigé les ­activités suisses de BlackRock durant quatorze ans. Son départ en 2011 avait engendré diverses rumeurs. «J’ai réalisé mon vœu d’un congé sabbatique d’un an, que j’ai mis à profit pour un voyage en Chine et une formation à Harvard», a-t-il déclaré au Temps. De retour au pays, il a été nommé directeur de Complementa, attiré par «le champ de vision très large de la fonction». Complementa, avec 130 employés, est l’un des trois principaux consultants auprès des caisses de pension. Heinz Rothacher découvre ainsi l’art du conseil en placement sur la base d’un taux de couverture ainsi que les questions de gouvernance, de gestion des prestations et de contrôle de la performance (reporting). Il a pris ses fonctions en novembre dernier et s’attache maintenant à mettre en œuvre les «nombreuses opportunités de croissance» de la société. Le conseil d’administration désirait un manager ayant déjà géré une telle phase.

Le changement est également culturel puisque Complementa était une entreprise familiale, créée par Benjamin Brandenberger en 1984, à Saint-Gall. Elle a été rachetée par State Street en 2011. Heinz Rothacher, délégué du conseil d’administration, où figurent Michael et Benjamin Brandenberger, cherchera entre autres à profiter du savoir du géant de la finance basé à Boston.

Avant ce rachat, la réputation de Complementa avait souffert de la crise de la caisse de pension du canton de Zurich, puisqu’elle la conseillait. «Je crois surtout que State Street a reconnu la complémentarité des services offerts par Complementa», selon son directeur. Le consultant a maintenant ajouté à ses activités les services de contrôle de­ ­performance pour l’Europe continentale qu’elle a repris à State Street.

Avec 180 clients caisses de pension, Complementa est spécia­lisée dans l’analyse des données ainsi que dans la comptabilité financière des institutions et le contrôle de performance. «Nous offrons un cockpit pour inves­tisseurs et les aidons à gérer leurs placements et leurs engagements», selon Heinz Rothacher. S’y ajoute le «controlling» (regard sur le rendement passé) et le «consulting» (recommandations pour l’avenir) sur la base d’une analyse actifs/passifs.

Aujourd’hui, la société est présente à Saint-Gall (80 employés), Zurich (12), Altishofen (37 pour le fabricant de logiciels Allocare) et Francfort (10). Cette année, l’effectif devrait rester stable à 130, mais cela dépendra de l’évolution de grands clients. Pour l’heure, Complementa n’est pas présente en Suisse romande, «mais j’aimerais beaucoup avoir un bureau à Genève ou Lausanne, pour nous rapprocher des clients», indique l’homme qui avait, en 2001, ouvert un bureau à Genève pour BlackRock. «Le chiffre d’affaires et le nombre de clients se sont fortement accrus ces douze derniers mois», selon le directeur, refusant toutefois de publier des chiffres. Il estime les actifs de ses 180 clients à 230 milliards de francs. Complementa est «bénéficiaire. D’ailleurs nous sommes un gros contribuable à Saint-Gall», assure-t-il.

Après la fusion avec State Street, l’an dernier, quelques clients ont préféré renoncer aux services de Complementa mais, avec la reprise du «reporting», l’afflux de nouveaux clients s’est accéléré, selon l’entreprise. L’essentiel des revenus proviennent maintenant du «reporting», en hausse d’environ 25% en 2012, du traitement des données et de la comptabilité.

La croissance viendra de nouveaux clients en Suisse et de nouveaux services pour les clients ­actuels en Allemagne. Par rapport à ses principaux concurrents, Heinz Rothacher estime avoir l’avantage de disposer directement des données des gérants de fonds et évite de se fier à des ­sources extérieures. Par ailleurs, depuis plus récemment, Complementa offre aussi ses services aux family offices.

La croissance du reporting pourrait aussi s’appuyer sur les conséquences de la disparition progressive du secret bancaire. Les banques doivent savoir si la gestion des données appartient au «cœur de leurs affaires» ou s’il est préférable de la confier à d’autres pour se concentrer sur la gestion de patrimoine, selon Heinz Rothacher.

L’augmentation des réglementations crée un nouveau domaine de compétences. «Nous aidons les clients à satisfaire aux besoins de transparence des coûts. L’obligation de présenter le taux de coûts (TER reporting) en 2013 est l’exercice majeur du moment», ­indique-t-il. Pour un client, le calcul du TER coûte 3500 francs pour un portefeuille standard, ­selon Complementa.

La croissance viendra de nouveaux clients en Suisse et de nouveaux services en Allemagne