Juridiquement, le Groupe d’action financière (GAFI) qui joue un rôle clé dans la lutte contre le blanchiment d’argent sale et le financement du terrorisme, devrait se dissoudre en 2020. Fondé en 1989, il compte 37 pays membres, dont la Suisse, et son mandat est renouvelé tous les huit ans. Sa pertinence s’est renforcée ces dernières années suite à la multiplication des attentats terroristes, il est désormais question de modifier son statut juridique et de le transformer en une organisation intergouvernementale permanente. Le principe d’une réforme pourrait être entériné lors d’une réunion prévue du 23 au 27 juin à Valence.

La cause serait déjà entendue, selon «Le Monde» du 8 avril. Après les attentats terroristes de septembre 2001 à New York, le rôle du GAFI avait déjà été élargi sous l’impulsion des Etats-Unis. Face à la montée en puissance de l’Etat islamique ces dernières années, l’Allemagne et la France, qui ont été directement ciblées par le terrorisme, seraient à l’avant-garde pour lui conférer encore plus de pouvoir. Le G20 (Groupe des 20 pays les plus riches) est également acquis au principe d’une réforme fondamentale. Idem pour l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui héberge le GAFI à son siège à Paris.

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L’idée de pérenniser le Groupe a déjà fait l’objet de quelques discussions. Elle a encore été débattue entre politiques et experts au début de l’année au Forum économique mondial (WEF) de Davos. La France, qui accueille le GAFI sur son territoire, même si c’est dans les locaux de l’OCDE, serait disposée à faciliter l’installation d’un siège et d’infrastructures autonomes sur son territoire. Paris estime qu’une organisation permanente faciliterait la coopération nécessaire avec les autorités nationales au Proche-Orient et en Afrique du Nord.

Sécurité mondiale en jeu

Le secrétariat du GAFI – environ dix personnes – voudrait également mettre fin à son caractère provisoire. «Il est intéressant de réfléchir à une telle réforme à un moment où la coopération internationale n’a jamais été aussi importante face aux grands scandales de blanchiment d’argent comme l’affaire Mossack Fonseca au Panama, face aux affaires de corruption internationale et au terrorisme, a déclaré David Lewis, secrétaire exécutif du Groupe, au «Monde». L’enjeu va bien au-delà de l’intégrité du système financier international. C’est de la sécurité mondiale qu’il est question.»

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Membre fondateur, la Suisse est active au sein du GAFI par le biais du Secrétariat d’État aux questions financières internationales (SFI). En décembre dernier, elle a elle-même fait l’objet d’un rapport d’évaluation, le quatrième, sur sa législation et ses pratiques en matière de lutte contre le blanchiment et contre le financement du terrorisme, accompagné d’une série de recommandations. Le SFI devra présenter son rapport de suivi en février 2018. Dans le passé, Berne a été maintes fois critiquée par la place financière helvétique pour avoir adopté les recommandations du GAFI sans émettre la moindre réserve.

La Suisse salue, à l’instar de la majorité des membres du GAFI, le projet d’octroyer à cet organisme une personnalité juridique propre. «Cette mesure permettra cette organisation de renforcer sa collaboration avec d’autres organisations, telles que l’OCDE, tout en gardant son statut de «groupe d’action» et en renforçant son autonomie», déclare un porte-parole du SFI.