Vartan Sirmakes, Rodolphe Cattin: deux personnages à l'ego très affirmé qui ont, l'un à Genthod et l'autre au Noirmont, créé une société horlogère avec un associé. Jusqu'ici, leurs routes ne s'étaient pas croisées.

Pourtant, mardi à Neuchâtel, les deux hommes ne se sont pas quittés d'une semelle. Comme s'ils avaient toujours tout partagé. Vartan Sirmakes et Rodolphe Cattin ont conclu un mariage, pour le meilleur, espèrent-ils: le groupe Franck Muller a acquis Rodolphe & Co, qui emploie une quinzaine de designers à La Chaux-de-Fonds, ainsi que Rodolphe Montres et Bijoux, sept personnes aux Bois qui fabriquent les montres Rodolphe. L'opération se traduit par l'accroissement du capital de Rodolphe & Co, souscrit par le Groupe Franck Muller, qui disposera d'une courte majorité.

Un partenaire régional introuvable

Designer reconnu, Rodolphe Cattin a créé en 1996 sa propre marque de montres dans le moyen de gamme. Avec 1000 à 2000 pièces par an, le développement a été modeste. Depuis un an, il cherche un partenaire pour «donner un coup de fouet à nos activités». Mais il n'a trouvé personne dans sa région jurassienne. «Nul n'est prophète en son pays», soupire-t-il.

Il est allé frapper à la porte de Franck Muller à Genthod. Et ce fut le coup de foudre réciproque. «Nous trouverons ensemble des designs et des synergies incroyables; on va s'éclater», s'enflamme Vartan Sirmakes.

En fait, les petites entreprises Rodolphe, «qui se portent bien et ne sont pas des canards boiteux», précise l'administrateur de Franck Muller, tireront parti des capacités industrielles, commerciales, financières et du réseau de distribution mondial du groupe horloger genevois, qui emploie 550 personnes, produit 50 000 montres par an, pour un chiffre d'affaires à peine inférieur à 400 millions. «Rodolphe conservera son indépendance et une totale liberté de créer», précise Vartan Sirmakes.

Le groupe Franck Muller poursuit ainsi sa stratégie de croissance qui l'amène à acquérir des fabricants horlogers et des marques. Plutôt que Rodolphe, on imaginait davantage Franck Muller intégrant une société industrielle fabriquant les mouvements et le cœur de la montre, afin d'accroître son indépendance et sa verticalisation. «Nous y tendons sans avoir besoin d'acquisition, explique le responsable financier Miguel Payró. Nous fabriquons nos mouvements automatiques à l'interne et avons trouvé un partenaire pour les mouvements mécaniques. Et nous avons créé une société de recherche et développement à Neuchâtel, en fin d'année passée.»