Pétrole

Le groupe genevois Addax mis en accusation par ses auditeurs

Une note de Deloitte révèle que quelque 100 millions de dollars ont été dépensés au Nigeria sans justification suffisante

Le groupe pétrolier genevois Addax est mis en cause par une compagnie d’audit, qui évoque des dépenses douteuses de quelque 100 millions de dollars au Nigeria. La Tribune de Genève révèle cette nouvelle affaire frappant Addax, sur la base d’un document dont Le Temps a obtenu copie.

Le texte est un résumé du cabinet Deloitte, dont Addax a dénoncé le contrat à l’automne dernier. Réplique des experts-comptables, ils pointent du doigt des paiements non justifiables réalisés au Nigeria.

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Deux transactions douteuses

La critique porte en particulier sur deux versements jugés suspects. Le premier, de 20 millions de dollars, aurait servi à rémunérer des «conseillers juridiques» au Nigeria et aux Etats-Unis, depuis des comptes hébergés nigérians ainsi que sur l’île de Man.

Le second, de 80 millions, concerne des paiements «excessifs» à des compagnies d’ingénierie, à propos de deux plateformes d’exploitation pétrolière. «L’ampleur des paiements paraît excessive par rapport à la valeur des travaux effectués, de leur but et du calendrier», indiquent les auditeurs. Il peut y avoir soupçon de corruption.

La filiale genevoise du groupe – en fait son siège principal, détenu par une boîte aux lettres sur l’île de Man – aurait procédé à des paiements «inappropriés», et des lanceurs d’alerte internes ont fait état de pots-de-vin à des responsables gouvernementaux, ainsi que de détournements de fonds à l’interne. «Nous reconnaissons que ce sont des allégations de lanceurs d’alerte et qu’elles ne sont pas prouvées, mais elles nous causent beaucoup de souci», écrivent les auditeurs de Deloitte.

Une grande opacité

Deloitte élargit sa critique en faisant état d’une grande opacité de la part d’Addax et de sa maison mère, le groupe chinois Sinopec. Addax «échoue à maintenir à jour et à documenter certains documents comptables», écrit le cabinet. Les experts-comptables affirment avoir formellement alerté la direction d’Addax en août 2016. Dans une réponse «très succincte» au quotidien genevois, Addax assure n’avoir été informé qu’en novembre, tout en n’ayant pas pu obtenir certains détails de la part de Deloitte.

Fondée en 1994 par Jean Claude Gandur, racheté par le groupe chinois en en 2009, Addax a déjà été cité dans des affaires au Nigeria. En 2000, deux anciens employés ont été condamnés en Suisse pour un cas de blanchiment. En 2006, la société a été mêlée à un scandale portant sur l’attribution d’un contrat de forage. Le groupe a rencontré des difficultés plus récemment, en raison d’un colossal redressement fiscal au Gabon, et d’acquisitions jugées trop chères et peu productives en mer du Nord.

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