La restructuration du secteur bancaire britannique vit un nouvel épisode. Lloyds TBS a lancé officiellement sa troisième offre sur son homologue Abbey National. Cette fois-ci, la direction a annoncé qu'elle entrerait en matière pour étudier cette nouvelle proposition, qui se compose d'échange d'actions et de numéraire pour un montant de 28,9 milliards de dollars (environ 47,3 milliards de francs suisses).

En décembre, Lloyds TBS, le numéro trois du secteur bancaire britannique en termes de capitalisation boursière avait déjà approché par deux fois Abbey National, mais sans succès. «C'est surprenant. Il n'y a rien de neuf dans cette offre du point de vue du prix, estime Raphaël Hausmann, analyste financier chez Lombard Odier & Cie à Zurich. Seules les synergies sont mieux définies.» Du coup, les experts sont surpris par l'intérêt porté par Abbey National sur cette proposition. Certains estiment que les pressions gouvernementales pour que les deux banques se mettent enfin d'accord ne seraient pas étrangères à cette soudaine bienveillance. La crainte de voir arriver un candidat bancaire d'Europe continentale sur l'île ne serait pas du goût des autorités. Du côté de Lloyds TBS, le prix qu'elle a fixé est nettement plus compréhensible. La banque sort déjà d'une série d'acquisitions (TBS en 1995, Mutual Scottish Widows en 1999), elle n'a donc pas intérêt à payer trop cher pour mettre la main sur Abbey National. En maintenant un «prix raisonnable», elle ménage la susceptibilité de ses actionnaires. «Il lui reste à convaincre ceux d'Abbey National que le montant qui leur est proposé est suffisamment intéressant pour eux», souligne Raphaël Hausmann.

L'embarras du choix

Abbey National a l'embarras du choix. Parallèlement à Lloyds, la banque est en négociation avec Bank of Scotland, également en vue d'une fusion qui donnerait alors naissance au numéro cinq du secteur. Ce candidat reste son préféré parce que les deux banques sont de taille plus ou moins identique. «Abbey National aurait moins l'impression de se faire absorber entièrement tandis que si elle accepte l'offre de Lloyds, elle n'aura pas son mot à dire», estime Raphaël Hausmann. Les jeux sont donc loin d'être faits. D'après certains experts, un point d'achoppement serait à l'origine des hésitations de l'alliance entre la Bank of Scotland et Abbey National: les dirigeants des deux banques n'arriveraient pas à se mettre d'accord sur le siège de la future entité, entre Londres ou Edimbourg.

Outre l'annonce faite aujourd'hui par Lloyds, la concentration du secteur bancaire britannique est en plein boom. Rappelons qu'en décembre 1999, Royal Bank of Scotland fusionnait avec National Westminster (NatWest) et que l'été dernier, Barclays rachetait Woolwich pour 13,7 milliards de francs. Les discussions pour les établissements encore célibataires vont bon train. Les cibles potentielles pour les géants britanniques que sont Lloyds, Bank of Scotland et Barclays sont d'après les experts, Northern Rock, Halifax Bank, Abbey National et Royal Bank of Scotland, ce qui promet un beau match.