Il y a des entreprises sur lesquelles la déprime conjoncturelle n'a pas de conséquence néfaste. Le groupe suisse Nestlé, l'un des leaders mondiaux de l'alimentation, a réalisé des résultats au premier semestre 2002 en très forte croissance. Avec des ventes de 44,2 milliards de francs, l'entreprise comptabilise un bénéfice de 5,6 milliards de francs, soit une hausse de 79% par rapport à la même période de janvier à juin 2001.

«Nous avons réalisé une bonne performance, sous tous les aspects. Nos politiques financières saines nous ont permis d'augmenter nos marges et de réaliser une croissance interne et externe», explique Peter Brabeck, directeur du groupe, dans un communiqué de presse. Et d'ajouter: «Nestlé est bien placé pour enregistrer un progrès continu en termes de ventes et de bénéfices pour le reste de l'année.» L'entreprise n'avance pas de prédiction chiffrée mais souligne que sa stratégie, tant au niveau produit que géographique, offre une bonne protection contre les aléas du marché.

Les bons résultats du premier semestre 2002 sont liés aux activités internes et externes. L'introduction partielle en Bourse d'Alcon, filiale américaine active dans l'ophtalmologie, a rapporté l'importante somme de 3,9 milliards de francs. Autre entrée inattendue, la cession à Givaudan de Food Ingredients Specialities a dégagé 0,5 milliard. Côté charges, elles se sont montées à 1,9 milliard de francs, incluant notamment la restructuration de la société américaine Ralston Purina, fabricant d'aliments pour animaux domestiques. Ensuite, le groupe a consacré 1,5 milliard aux acquisitions et aux prises de participations, dont Schöller (glaces) en Allemagne et Garoto, un chocolatier brésilien.

Fermetures d'usines

Par ailleurs, Nestlé a poursuivi son plan d'économies dans le cadre du programme «Target 2004» qui préconise, entre autres, la fermeture de certaines usines en Asie et en Europe. «D'ici à 2004, les coûts devraient baisser de 1,5 milliard de francs», a rappelé le directeur financier du groupe, Wolfgang Reichenberger, lors d'une conférence téléphonique destinée aux analystes financiers. Il a estimé qu'il était trop tôt à ce stade pour commenter le programme «Fitness», qui vise une diminution des coûts de 1% du chiffre d'affaires. Pour le premier semestre 2002, les économies, de même que les baisses des prix de certaines matières premières, ont conduit à une réduction des coûts des produits vendus en pourcentage des ventes.

La croissance interne réelle du groupe – qui élimine l'effet des acquisitions, des changements de prix et des taux de change – a accéléré au deuxième trimestre et se situe, pour les six premiers mois de l'année, à 3,5%. Géographiquement, dans le secteur Alimentation, les Amériques restent le marché le plus important, même si la performance en Amérique latine a été hésitante. Si la demande en Europe occidentale a fléchi, la compensation est venue de l'Europe de l'Est, qui a enregistré une croissance à deux chiffres. Tout va bien aussi dans la zone Asie, Océanie et Afrique, avec des fortes augmentations en Asie, sauf au Japon, et une croissance des ventes en Afrique. Autre secteur en pleine forme, Nestlé Waters (Perrier, San Pellegrino) qui a connu une croissance de 8,7% par rapport au premier semestre 2001.

Fort de ces performances, le groupe a enregistré un résultat d'exploitation (EBITA) en progression de 13,5%, à 5,195 milliards de francs. Le cash-flow opérationnel a augmenté de 14,5%, à 2,76 milliards, et l'endettement net a passé de 19,4 milliards à la fin 2001 à 16,2 milliards à fin juin 2002. La Bourse suisse a bien accueilli ces résultats. A la clôture mercredi, le titre Nestlé s'offrait à 335,10 francs, contre 328 francs à l'ouverture.