La Suisse se sent de moins en moins seule dans l'application de l'une des plus importantes bizarreries financières de ces dernières années. La Banque du Japon (BoJ) a décidé vendredi d'abaisser ses taux directeurs sous la barre du zéro pour-cent d'intérêt et rejoint ainsi le club des pays appliquant les taux d'intérêt négatifs. Constitué du Danemark et de la Suède en plus de la Confédération, ce groupe fait désormais, grâce à la décision nippone, son entrée les économies majeures de la planète.

La BoJ va charger un intérêt de 0,1% sur les comptes courants ouverts chez elle par les institutions financières. Ce qui signifie que les banques commerciales, comme Mitsubishi UFJ, Mizhuo ou encore Sumitomo, doivent rémunérer la banque centrale pour tous les dépôts en liquides qu'elles y effectuent au-delà d'un certain seuil.

Pour calibrer sa décision, qu'elle qualifie de «Quantitative and Qualitative Monetary Easing» («assouplissement monétaire quantitatif et qualitatif»), la BoJ s'est inspirée du modèle appliqué par la Banque nationale suisse pour ponctionner les dépôts effectués chez elles.

Approche différente

Le taux est négatif pour tous les dépôts supérieurs aux obligations réglementaires, qualifiés de «policy-rate balance» (dépôts dépendant du taux directeur). Les dépôts réglementaires appelés «Basic balance» («dépôts de base») se voient, au contraire, rémunérés au taux (positif) de 0,1%. Une tranche intermédiaire dite «Macro Ad-on Balance» (ou «dépôt supplémentaire») ne sera pas rémunérée mais pas ponctionnée non plus. La BNS ne ponctionne, elle , depuis décembre 2014, que les dépôts bancaires supérieurs à 20 fois les dépôts obligatoires des banques commerciales.

Par son mouvement, la BoJ a démontré qu'elle est prête à tout pour créer les conditions permettant un retour de l'inflation dans le pays aux alentours de 2%. Actuellement, celle-ci se situe à 0,2%. Elle se dit prête à amener son taux directeur plus bas encore pour atteindre cet objectif.

Même si la BoJ s'est inspirée de la BNS, son approche ressemble beaucoup à celle de la Riksbank, la banque centrale de Suède. Celle-ci, en imposant des taux négatifs de -0,3% depuis le début de l'an dernier, vise en premier lieu à recréer de l'inflation dans le pays afin, allèguent tous les partenaires sociaux du pays, de créer des conditions favorables à des hausses de salaires. Ces dernières doivent permettre de soutenir la consommation qui doit, à son tour, tirer les prix à la consommation à la hausse.

Cela dit, les taux négatifs ont pour effet de faire baisser la valeur extérieure de la monnaie. C'est l'objectif explicite de la BNS, qui cherche à éviter un trop fort renforcement du franc face à l'euro. C'est aussi celui de la Nationalbank danoise, qui défend le taux de change de sa couronne face à la monnaie unique, avec l'aide de la Banque centrale européenne.

La pratique est aussi appliquée par la Ceská Národní Banka (la banque nationale de la République tchèque), qui vise à appliquer un cours plancher de 27 couronnes pour un euro depuis la fin 2013. Non sans peine si l'on en croit l'évolution du taux de change, qui voit la devise tchèque se maintenir juste au-dessus du seuil, à 27,01 euro.