Depuis l'acquisition du groupe Les Manufactures Horlogères (LMH) en juillet dernier, repris à Mannesmann pour 3,1 milliards de francs et autorisée par la Commission de la concurrence en décembre, un remaniement des instances dirigeantes de Richemont était largement attendu. En intégrant des marques aussi prestigieuses que Jaeger-LeCoultre, IWC et Lange & Söhne dans son portefeuille comprenant entre autres des Piaget, Cartier, Baume & Mercier, Vacheron Constantin et Panerai, la multinationale se devait en effet d'adapter ses structures aux nouveaux objectifs du groupe. Car Richemont, qui cherche à se distancier des activités liées au tabac, entend nettement se profiler comme un acteur incontournable dans l'industrie du luxe et notamment dans la haute horlogerie et la joaillerie. La compagnie a finalement attendu le Salon mondial de Bâle pour annoncer sa réorganisation interne.

En résumé, celle-ci répond à des principes bien précis: «La nouvelle structure devra permettre d'assurer une autonomie séparée et verticale, tout comme une intégrité des produits aux différentes «maisons» du groupe. Elle vise également à tirer le maximum de profit des synergies possibles suite à cette importante acquisition stratégique.» En conséquence, Johann Rupert gardera sa fonction de président du conseil et patron de la Compagnie Financière Richemont, le holding du groupe. Mais s'il reste également responsable du comité de direction dans Richemont SA, il cède en revanche la place de directeur général au sein de cette entité à Alain Dominique Perrin, ancien président de Cartier. Ce dernier sera secondé par Richard Lepeu en qualité de chef opérationnel, lui-même remplacé à la tête de Cartier par Guy Leymarie. Les fonctions rattachées à cette nouvelle strate de direction au sein de Richemont vont de la gestion des fournisseurs aux technologies de l'information, en passant par la logistique et les services après-vente.

Pour servir les ambitions du groupe sur les marchés horlogers, Richemont a créé une nouvelle division «montres» au sein du groupe, regroupant Jaeger, IWC, Lange, Vacheron, Piaget, Panerai et Baume & Mercier. Celle-ci sera placée sous la responsabilité de Günter Blümlein, ancien directeur général de LMH et principal artisan de la renaissance des trois marques qui en faisaient partie. Il répondra directement à Franco Cologni, qui occupe désormais le poste de président exécutif tant pour la nouvelle division que pour Cartier, assurant le relais avec Alain Dominique Perrin.

Rencontré lors du Salon de Bâle, Henry-John Belmont, patron de Jaeger-LeCoultre, ne cache pas sa satisfaction d'avoir intégré un des groupes mondiaux les plus importants de la haute horlogerie. Et, pour une raison bien simple, le nouvel actionnaire est fermement décidé à épauler ses marques, investissements à l'appui, en leur garantissant toute l'indépendance voulue. «Nous étions exactement dans cette même logique, explique-t-il. De plus, nous avons constaté qu'au niveau industriel Richemont était déjà très bien implanté, tant dans les boîtes que dans l'habillage. Cette nouvelle situation va ainsi permettre d'accélérer notre propre développement.» Pour la manufacture du Sentier, cela va se traduire par des travaux d'extension du site afin de presque doubler ses surfaces de production. Mais Richemont n'avait pas attendu la reprise de LMH pour pousser son intégration industrielle. Trois usines supplémentaires sont ainsi en cours de construction à La Chaux-de-Fonds, Villars-sur-Glâne et Plan-les-Ouates. Et, pour bien marquer sa vocation dans le luxe, le groupe va investir un nouveau quartier général dans la commune résidentielle genevoise de Bellevue.

Investissement à rentabiliser

Reste maintenant au groupe coté en Bourse et contrôlé par la famille sud-africaine Rupert de faire la preuve qu'un tel investissement pour LMH, payé 8,8 fois les ventes, sera rentable sur le long terme. Lors du premier semestre de son exercice en cours clos à fin mars, il avait enregistré un bénéfice opérationnel en hausse de 55%, sans tenir compte toutefois de cette récente acquisition. Par les temps qui courent, tout avertissement des compagnies du luxe quant à leurs résultats futurs est en effet lourdement sanctionné. Et les horlogers sont loin de le cacher: le pouvoir actionnarial n'est de loin pas ce qu'ils prisent le plus dans les marchés financiers.